les Français plébiscitent la famille

Noël : Les Français plébiscitent la famille, la filiation et la tradition !

 

08/01/2013

 

L’IFOP vient de publier un intéressant sondage sur les Français et Noël. Sur le fond, il s’agit d’un ensemble de questions très « sentimentales » sur un moment somme toute emblématique de l’année.

A l’heure de la laïcité et de la déchristianisation, au moment où l’individualisme semble porté à son paroxysme et alors que plusieurs centaines de milliers de Français vont battre le pavé parisien pour défendre la famille, l’analyse de ce sondage (comparé à celui de 1997) est des plus intéressantes.

Ainsi, pour 89% des Français, Noël est un moment pour faire plaisir à ses proches. Sans aller jusqu’à la pastorale des santons de Provence, la nuit de Noël reste un moment privilégié de partage. C’est-à-dire que pour 9 Français sur 10, un certain altruisme est indissociable de Noël. Les cadeaux sont de mise, les retrouvailles également. Noël reste une nuit, un jour où il est impensable d’être triste. Nombreux sont les témoignages de personnes isolées et invitées, même au dernier moment. Sans faire d’angélisme, c’est une excellente nouvelle. Malgré une société déstructurée qui pousse toujours plus au repli sur soi, l’Homme garde au fond de lui ce qui est constitutif de la personne humaine, le désir du bien de l’autre. La question serait donc, comment aider chacun à conserver ce désir actif au-delà de Noël ? Comment sortir l’Homme d’aujourd’hui de ce repli sur soi et créer en lui comme une dynamique ouverte sur le bien des autres ? Le repli sur soi qu’est l’individualisme correspond à une peur (de l’autre, du lendemain, de soi également) et à un mal être intérieur. La fête de Noël, par cet esprit de paix que la laïcité n’a pas réussi à lui faire perdre, incline à la confiance et à cette sérénité nécessaire à l’ouverture à l’autre. En outre, le temps de Noël est parfaitement identifié et délimité. Finalement ce temps est maîtrisable. Or il est plus facile d’être ouvert au bien de l’autre quand celui-ci ne risque pas de nous engager longuement dans l’inconnu. C’est un peu le problème du mariage et de son engagement à la fidélité sans limite de temps. Il n’empêche ! Non seulement près de 90 % d’entre nous laissent libre court à leur générosité pour Noël, mais en outre, cela leur semble, je dirais, aller de soi. Preuve s’il en est que le problème actuel n’est pas d’abord un individualisme qui serait devenu consubstantiel à notre temps, mais les conditions de possibilité de l’altruisme, de l’ouverture à l’autre, à savoir la sécurité et la stabilité d’une part et la résolution de notre propre crise existentielle d’autre part. Qui plus est, Noël est un temps où l’on s’attend à la générosité des autres, ce qui invite, par un phénomène d’émulation collective, à cette ouverture, certains qu’en nous ouvrant, nous trouverons les autres ouverts. Car aujourd’hui, nous sommes souvent arrêtés dans notre élan de générosité par le refus de l’autre.

Il y a dans cet altruisme de Noël, comme un appel existentiel profond de l’Homme qui en profite pour jaillir du très fond de notre cœur et met en mouvement notre raison, comme désinhibée de la peur de l’autre, de la hantise du lendemain.

Plus intéressant encore, ce sondage nous révèle que pour 89% des Français, Noël est un temps de tradition qui rappelle l’enfance, soit 6 points de plus qu’en 1997. Ce qui veut dire qu’en une quinzaine d’années l’attrait et l’importance de la tradition touchent presque toute la population. Ceci est assez conforme au retour en force des métiers de tradition, des vieux marchés dans nos campagnes, du retour aux sources ou des nombreuses recherches généalogiques. A l’heure où l’on ne voudrait jurer que par le progrès, où l’on espère nous faire croire que l’Homme vient de nulle part et qu’il n’est que tension en avant, nos contemporains cherchent toujours davantage leurs racines et leur histoire. Cette tension intérieure trouve à Noël sa plus absolue résolution, tant le fondement de notre civilisation se plonge dans cette nuit où précisément l’infini a fait son entrée dans le temps, n’en déplaise aux nihilistes de gauche. Là encore, c’est bien du tréfonds de son cœur que l’Homme entend cet écho lointain qui semble répondre à cette lancinante question existentielle que lui renvoie toujours davantage une raison anxieuse : d’où viens-je ? Où vais-je ? Chaque être humain est inscrit dans une histoire elle-même inscrite dans l’Histoire. L’Homme ne vient pas de rien, ni de nulle part et il n’est pas tendu vers un éternel futur sans racine. Aussi n’est-il pas indifférent que ces mêmes 89% lient ce retour à la tradition à leur enfance. Car ce qui caractérise une tradition ce n’est pas de figer un passé à commémorer, mais de porter l’homme dans un courant qui le nourrit et le fait grandir. Revenir à la tradition c’est retourner se nourrir au sein maternel qui nous a donné la vie. C’est reconnaître que nous ne sommes pas des êtres isolés, mais que nous appartenons à quelque chose qui nous dépasse, mais qui nous est connaturel.

Aussi, n’est-ce pas non plus par hasard que pour 77% des Français, Noël apparaisse comme une occasion unique de se retrouver en famille. Et ce alors que la famille est plus éclatée et que la sphère familiale est plus restreinte. La famille est bien ce lieu visible qui nous rappelle que nous sommes inscrits dans une histoire, une tradition et dont nous sommes un des maillons solidaires. Sorti de la famille l’être humain court le risque de l’isolement et de la fuite en avant. Il lui faut reconstruire de nouvelles solidarités, s’enraciner dans une autre tradition ou en créer une personnelle. Et s’il n’y parvient pas, il en vient souvent à nier sa propre dépendance à la tradition et par là le bien-fondé de la tradition comme vaste fleuve qui irrigue l’être humain. Certes, de tout temps il y eut des déracinés, des sans-familles. Mais la société leur offrait au moins le modèle idéal, ce qui de soi est déjà un repère qui inscrit dans la tradition.

Sur ce point du sondage il est intéressant de noter que le nombre de Français pour qui Noël est une occasion unique de se retrouver en famille est en augmentation de 14 points par rapport à 1997. Alors que l’on veut détruire la famille ou la travestir, de plus en plus de nos contemporains la recherche. Comme pour l’individualisme, la question n’est pas de savoir si le modèle familial traditionnel serait périmé, compte tenu de la réalité sociale actuelle, mais comment reproposer la famille traditionnelle comme modèle crédible, comme ce repère qui inscrit dans la tradition.

Alors que 87% des Français (10 points de plus qu’en 1997) estiment également que Noël correspond à une rare occasion d’entretenir les traditions familiales et de conserver ses racines, il serait bon que nos gouvernants entendent de telles revendications. Ce sondage est un véritable plébiscite pour la famille, la filiation et la tradition !

Il convient toutefois de nuancer un tableau qui pourrait sembler par trop angélique. S’il faut se réjouir de ce regain familial et de la permanence altruiste en l’Homme, ces deux points se combinent entre eux au détriment de la charité à l’égard de personnes extérieures au cercle privé. Ainsi seulement 75% des Français assimilaient Noël en 1997 à un moment où l’on se sent plus solidaire des pauvres et des isolés, contre 57% aujourd’hui, soit une baisse de 18 points. Il n’est pas bon pour une famille d’être fermée sur elle-même. Cette fermeture traduit au niveau familial les mêmes peurs et mal-être qu’au niveau personnel et conduit au même étouffement, couvant ainsi un risque d’éclatement futur.

Cela dit, nous avons par ce sondage un bon indicateur du sentiment profond des Français et un encouragement à défendre la famille ? Celle-ci semble inscrite dans le cœur des Français, il faut donc les aider à l’inscrire dans le quotidien de leur vie.

Cyril Brun