Le "mariage homosexuel"

Le Mariage homosexuel, une bien délicate question !

 

Fait-on plus sensible, aujourd’hui, que la question homosexuelle ? Il est aisé de comprendre combien fragile et délicat est ce sujet qui touche à la fois au plus grand fondement de la société et au plus intime de la personne dite « homosexuelle ». Car il s’agit bien d’une personne humaine qu’il faut d’abord comprendre plutôt que condamner. Il faut bien dire que l’attitude, parfois agressive, vindicative, d’un certain lobby gay a créé les conditions d’une certaine exaspération. Eternel balancier de l’histoire, la haine de l’homosexuel a conduit à la violence de la revendication gay actuelle. Difficile, dans ce contexte, d’avoir une parole, une pensée, et plus encore une discussion sereine. 

Et de fait, nous sommes, à présent, dans une logique de confrontation relativement binaire, dont la personne homosexuelle, comme la société, font les frais. Ces oppositions, liées à d’autres confrontations ont conduit à la radicalisation de positions devenues idéologiques et dans lesquelles on fait feu de tout bois. Au milieu de cet imbroglio, sur fond de grande sensibilité passionnelle, il devient ardu de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Tout est amalgamé, car tout est bon pour gagner la bataille.

Mais au fond, quelle est l’enjeu de cette bataille ? Que cherche l’homosexuel, sinon le bonheur ? Malheureusement, cette quête du bonheur est récupérée par d’autres intentions bien moins louables. C’est ainsi qu’une certaine idéologie visant à déstructurer la société en profondeur, instrumentalise la revendication et la quête homosexuelles. En faisant le jeu de cette instrumentalisation, les lobbys gay perdent de vue leur propre quête, en oubliant de répondre à la question fondamentale, la seule qui puisse combler leur quête d’absolu, car l’homosexuel a un puissant désir d’absolu : qu’est ce qui rend l’homme heureux ? Toutefois, cette question en présuppose une encore plus fondamentale, qui est l’homme ? Or nous avons tendance, non pas à chercher qui est l’homme, mais plutôt comment le rendre conforme à ce que nous voudrions qu’il soit. Entendons par là, comment conformer la vérité de l’homme à ma vie et non ma vie à la vérité de l’homme.

            C’est oublier que, nous aurons beau faire tout ce que nous voulons, l’homme est une vérité que l’on n’invente pas. Chercher ailleurs le bonheur de l’homme, c’est le condamner à une fuite en avant dans le vide. Vide existentiel dramatique qu’il cherchera à combler par une frénésie de compensations. Mais combler un vide existentiel en se jetant dans l’exploit sportif, la consommation effrénée de programmes télé ou la multiplicité des rapports sexuels n’a pas plus d’effet qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce n’est que mettre un baume sur une plaie et non la soigner. Lorsque le baume n’agit plus, il faut en trouver un autre et ainsi de suite, sans fin. Ce n’est pas ça être heureux, c’est fuir la souffrance.

            La véritable réponse à la question du « mariage homosexuel » est, et ne peut être, que de redécouvrir la vérité sur l’homme. Nous en revenons à l’évidence socratique « connais-toi toi-même ». La théorie du gender ne cherche pas à connaître l’homme, mais à lui imposer un habit mal taillé, destiné à cacher une vérité non acceptée. Revêtir un pauvre grelottant d’un vêtement usé, rapiécé, troué et trop petit ne l’a jamais réchauffé. Au mieux cela l’a isolé du froid.

            On récuse aujourd’hui la nature. Le progrès, dit-on, consiste à libérer l’homme de la servitude des contraintes naturelles. De là, tout est permis. Et on fait fi du principe de non contradiction. Un homme n’est pas une femme et réciproquement. C’est une évidence physiologique et non une discrimination. C’est ce que l’on appelle la différence, laquelle sous-entend la complémentarité. Face aux évidences, au principe de réalité, les apories intellectuelles ne tiennent guère. D’où le recours et la propagation du relativisme. 

Cela nous ramène  à une question encore plus fondamentale. Ce qui est vrai pour moi est-il vrai pour autrui ? Y a-t-il une vérité universelle et donc par là un bien universel, où plusieurs vérités ? Une chose peut-elle être à la foi vraie ou fausse ? Vraie pour moi et fausse pour un autre ? Quel est le principe de la vérité ? Quel est son critère ? Il est donc clair que si les hommes ne partagent pas la même vérité, ils seront en conflit permanent, car chaque homme sera une individualité propre, juxtaposée à une autre individualité propre. Il n’y aura pas de communion possible, mais des modus vivendi éphémères et instables (car s’il n’y a pas de vérité en soi, alors je peux changer et mes rapports avec les autres aussi), où l’on parlera de tolérance, pour dire indifférence. Car dans ce cas-là ce que je cherche n’est pas le respect de l’autre, mais de garantir ma propre tranquillité. Ce qui me confine à un égoïsme et à un rapport de peur car je suis dans la crainte de perturber cet équilibre qui me permet de garder mon bien. Aussi, ce bien ne pourra être paisible, car il demeurera inquiet. A l’inverse, si ce bien est universel, alors il est partageable et je n’ai plus aucune crainte de le perdre. Voilà pourquoi, chacun tente, non pas de respecter l’autre, mais de lui imposer ses vues, car s’il rend son bien universel (au moins à son entourage) il est tranquille. N’y parvenant pas, la tolérance (comme définie plus haut) est une solution palliative. Nous savons bien qu’il n’y a pas plus dogmatiques que ceux qui prônent la tolérance, là où il faudrait plaider pour le respect. Tant que la Vérité restera subjective, le monde sera en conflit permanent. Aussi, la grande question de l’humanité et ce qui aujourd’hui devrait être sa préoccupation première, alors qu’elle vit de palliatifs et de faux semblants, est de rechercher la vérité, mais en vérité. Cela suppose d’accepter que cette vérité nous fasse mal, nous dérange. Nous ne devons pas rechercher ce qui nous plait, mais ce qui est vrai. C’est l’unique moyen de rechercher le bien de tous et non mon seul bien où celui de mon entourage. Je ne peux pas construire ma vie sur les ruines de celle des autres. Cela nous invite à une énorme conversion personnelle qui passe par une question sur soi. C’est bon pour moi, mais pour les autres ?

            L’homme n’est pas détachable de la nature. Il est lui-même membre de cette nature et comme elle, il est soumis aux lois qui la composent. Nous savons que modifier un écosystème a des conséquences dramatiques pour l’ensemble de l’environnement. L’homme n’échappe pas à ce déterminisme. Jouer à l’apprenti sorcier ne fait pas de l’homme un Dieu, ne le libère pas non plus de la nature. Au contraire, cela le rend viscéralement dépendant la nature. Car en voulant s’en extraire, il n’est plus en paix avec elle. Elle devient une menace permanente des « acquis » du progrès. Mais jusqu’où l’homme sera-t-il capable de compenser ce déséquilibre ? Jusqu’à quel point pourra-t-il pallier par son ingéniosité, son refus de la réalité ?

            L’homme est ce qu’il est, et là est son véritable bonheur. Aussi est-il important de réaffirmer ce qu’est l’identité de l’être humain. Le drame et l’ambiance morose de notre société actuelle n’ont pas d’autre source que cette déconnection du réel qui se nourrit du refus de l’idée de n’être « que ça » ! Et pourtant, ce « rien que ça » est déjà d’une telle beauté et d’une telle profondeur quand l’homme se contente d’être homme, c’est-à-dire, aussi grand que faible, aussi fort que fragile !

            La question homosexuelle se situe à ce point crucial de la rencontre entre l’acceptation de la vérité et celle de sa fragilité. C’est bien à cette croisée des chemins entre la vérité profonde de l’homme et ses propres tendances que se trouve la problématique de l’orientation sexuelle. La sexualité est un aspect capital de la construction humaine. Ceux qui se battent pour son indétermination l’ont, du reste, fort bien compris. Quand on ne réussit plus à accorder sa sexualité avec son être profond, la crise que cette dichotomie engendre est d’une telle violence qu’il n’est souvent qu’une seule porte de sortie, nier la vérité de la sexualité. Il faut bien entendre cette négation comme une réponse à une souffrance, avant de n’y voir que l’aspect idéologique. Nous sommes en face d’hommes et de femmes qui cherchent à être heureux et à aimer. Toute la question est de savoir si être heureux, c’est nier le principe de réalité. Nier l’adéquation entre réalité physique de l’homme et bonheur de l’être humain, c’est se condamner à deux alternatives, l’absurde et le non-sens ou la fuite en avant. En d’autres termes, le désespoir ou la souffrance. Désespoir du non-sens, souffrance du vide existentiel.  Ce n’est pas un hasard si les homosexuels se suicident plus que les hétérosexuels. Ce n’est pas sans lien si le nombre de partenaires sexuels chez les homosexuels atteint des chiffres si importants.

            Mais ce serait trop simple, si la question de l’orientation sexuelle pouvait se résumer à une perspective philosophique de la quête du bonheur. Elle est avant tout une histoire personnelle, vécue ou subie par des êtres humains qui sont confrontés à une réelle attirance de leur semblable ou répulsion de la différence. Or, dans l’ordre des passions, des attraits et répulsions, il faut plus que de l’intelligence et de la volonté. Le tandem « attrait-répulsion » est le principe moteur de toute vie. La véritable liberté consiste à maîtriser ce tandem, pour ne pas se laisser dominer par lui. Il faut bien comprendre que pour l’homosexuel, l’attrait qu’il éprouve est tout autant une réalité que les conditions naturelles biologiques de la loi naturelle. Et il lui faut lutter contre et entre deux réalités. Deux réalités qu’il subit. Celle de sa nature et celle de son attrait. Or dans l’ordre des passions, l’attrait est plus fort que la nature. Le combat est donc d’une rare violence, puisqu’il touche à l’intime même de l’être. Quand cet attrait est, en outre, marqué du sceau de l’infamie par la société, on peut comprendre le désir d’émancipation pour échapper à la douleur de la pression.

            La question se pose donc, aussi, de notre regard et de notre accueil de la personne homosexuelle. Il y a dans la démarche lobbyiste homosexuelle, un désir sécuritaire, une forme de refuge devenu défensif. Sans voir et brandir systématiquement l’homophobie, nous ne pouvons pas nier qu’elle existe et qu’elle a fortement contribué au communautarisme gay et lesbien et par là à ses revendications actuelles.

            Aussi, ne s’agit-il pas tant d’une question de discrimination que d’accueil. Pour les homosexuels, il s’agit plus « d’être comme tout le monde » que de vouloir un droit spécifique. Il se trouve que la revendication du mariage pose d’autres problèmes beaucoup plus fondamentaux et qui dépassent la question homosexuelle. Ne pas être mis au banc de la société est une chose. Déstabiliser la société pour s’y faire une place en est une autre. Remettre en cause les fondements du mariage est autrement plus grave que de revendiquer le droit de ne pas être montré du doigt. Arguer du droit à l’enfant, pour être comme tout le monde, n’est pas non plus acceptable, car il fait fi du droit de l’enfant. Avoir droit au respect de sa dignité ne passe pas par le non-respect de la dignité des autres.

            Aussi convient-il de remettre les choses à leur place. Respecter la dignité de chaque personne, y compris dans sa différence, doit être un combat de tous les jours menés par tout le monde. Mais il faut aussi tenir que la loi naturelle à ceci de remarquable, qu’elle respecte toutes les dignités. Mais il appartient à la société de garantir que cette dignité préservée ne s’impose pas au détriment des autres.

            En d’autres termes, la dignité de la personne humaine à tendance homosexuelle doit être impérativement respectée et préservée. Et il faut aussi battre notre coulpe en reconnaissant que ce ne fut et que ce n’est pas toujours le cas. Mais il faut tenir que les conséquences qu’induisent cette tendance ne peuvent porter atteinte à la société. Dit clairement, elles ne peuvent être prises comme modèles de société. Il faut tenir également que ce respect intégral comprend et est lié au  respect  de la dignité des autres personnes, au premier rang desquels, les enfants. Il ne saurait être question d’accorder le mariage à deux personnes du même sexe, puisque celui-ci a une autre vocation que de sceller dans le marbre l’amour entre deux êtres.