La question du mariage pour tous déborde de beaucoup l’aspect homosexuel

Derrière l’arbre n’oublions pas la forêt

 

 01/02/2013

Depuis plusieurs semaines l’actualité nous presse de parler du mariage homosexuel. Le sujet est dense et mobilise toutes nos forces. C’est incontournable dans la mesure où il sera difficile pour une future majorité de revenir sur une telle loi. Pourtant, alors que tous les efforts se concentrent sur cette question, d’autres atteintes à la personne humaine progressent presque tranquillement. Vouloir soigner l’arbre que l’on nous force à regarder ne doit pas nous dispenser de prendre soin du reste de la forêt. Car il s’agit bien d’une seule et même forêt aux essences diverses, mais aux racines entremêlées, puisant à la même eau et grandissant sur une même terre.

Et cette forêt n’est autre que l’Homme dont les différentes composantes sont autant d’arbres, de fougères, de champignons, de sangliers ou encore de lichens. Dans une forêt en danger si nous ne cherchions à traiter que les arbres et que nous laissions les champignons asphyxiés par les fougères ou que nous ne nous préoccupions pas de savoir si le traitement des arbres n’aurait pas d’effets secondaires sur les biches, il y a fort à parier que notre action, à terme, ne serve à rien pour l’ensemble de l’écosystème sylvestre. Il en va de même pour l’Homme. L’arbre mariage homosexuel ne doit pas cacher la forêt qui constitue l’Homme intégral. Or ce qui fait l’originalité absolu de la personne humaine c’est qu’elle ne peut se construire et être elle-même que par les relations étroites qui l’unissent  aux autres personnes humaines et à l’ensemble du monde existant. Aussi, la question du ‘mariage pour tous’ déborde de beaucoup l’aspect homosexuel dans lequel on voudrait nous enfermer.

Pour œuvrer durablement au bien-être de la forêt, il faut traiter ensemble et harmonieusement tout ce qui la compose.  Ensemble parce que prendre soin d’une essence ne peut se faire au détriment d’une autre et harmonieusement pour éviter que le bien des arbres ne se fasse au détriment des sangliers. Concrètement, il ne s’agit pas d’être pour ou contre le mariage des homosexuels, mais pour le développement harmonieux et intégral de toute personne humaine. Or, du fait de cette solidarité humaine qui nous unit (quoi que je fasse cela aura toujours des conséquences sur les autres) le bien d’une personne ne peut se faire au détriment des autres. Mais le bien d’une personne est une chose aussi complexe que la personne humaine, dans la mesure où ce bien doit répondre à l’ensemble des besoins essentiels de l’Homme. Comme l’Homme est corps et âme, le bien de l’Homme doit prendre en compte ce qui est nécessaire au corps et à l’âme. Mais pour être vraiment le bien de l’Homme il faut tenir ensemble ces deux nécessités du corps et de l’âme. Ne prendre en considération que le bien du corps c’est réduire l’Homme à l’animal, et ne prendre en compte que le bien de l’âme, c’est condamner l’Homme au déséquilibre schizophrénique. La grande question qui suit et que pose Gustave Thibon par exemple, est de savoir s’il y a combat entre les deux ou s’il faut que l’un assume l’autre. L’Humanité accomplie suppose que l’âme fasse vivre le corps et que le corps vive au service de l’âme pour leur commun épanouissement.

Cela signifie que les activités les plus ordinaires des Hommes participent à l’épanouissement de chacun puisque l’être humain est un tout unifié et non un ensemble composite. Aussi, pour envisager durablement la question du mariage homosexuel, il faut également être présent sur le terrain économique, éducatif, écologique, etc…

Aujourd’hui, alors que la déstructuration de la société et donc de la personne humaine semble portée à son paroxysme, il devient urgent de proposer une vision globale et unifiée de l’Homme et de l’activité humaine. Pour ce faire, il importe de ne pas nous laisser aveugler par cet arbre qui est, il est vrai immense et en danger. Si l’opinion publique est aujourd’hui déboussolée ce n’est pas par ce qu’un projet de loi surgit tout à coup. C’est parce que l’éducation est depuis longtemps en péril, parce que l’économie instrumentalise et dépersonnifie l’Homme. C’est aussi et surtout parce que l’évolution socio-économique a peu à peu remplacé l’être par l’avoir, condamnant l’Homme à une fuite désespérée en avant, courant, à bout de souffle, derrière toujours plus parce qu’on le réduit à être toujours moins.

Défendre la famille (au-delà de la question homosexuelle) c’est aussi défendre une certaine éducation, une autre vision de l’économie. En un mot promouvoir la famille est aussi multiforme que l’être humain est complexe.

Cyril Brun