L'Homme et la famille

Redécouvrir l’Homme à travers la famille

 

 01/02/2013

Alors que notre société s’apprête à vivre un tournant de civilisation historique, un choix radical se présente à nous. Depuis plusieurs décennies le monde occidental forgé par des millénaires d’Histoire est comme soulevé par un raz-de-marée, comme si les pilotis sur lesquels Venise s’est construite étaient emportés, laissant la Sérénissime dériver aux grés de courants divers. Avec heurs et malheurs, parfois empruntant des chemins de traverse, la civilisation occidentale s’est édifiée sur les trois pilotis fondamentaux que sont l’hellénisme, le judaïsme et le christianisme. Trois sources qui se sont embrassées, émondées l’une l’autre pour s’unifier et offrir comme un écrin particulièrement soigné afin que puisse s’épanouir la personne humaine.

C’est cet écrin qui est aujourd’hui malmené. Sans doute l’est-il parce qu’il comportait quelques malfaçons cachées sous un velours parfois rugueux. Peut-être est-ce la poussière que l’on a laissée s’accumuler comme on finit par ne plus voir la boîte à bijoux qui est là sur la commode, à la même place depuis que l’arrière-grand-père l’avait offerte à l’arrière-grand-mère. Probablement qu’avec le temps les nouvelles générations ne sont plus capables d’apprécier, de comprendre les ciselures qui font toute la richesse de ce qui leur semble n’être qu’une relique qu’on n’ose, presque superstitieusement, pas encore mettre au grenier.

Voilà de quoi souffre notre civilisation. Nos contemporains ne la comprennent plus. Ils la considèrent comme une momie à conserver sous une cloche de verre. Le souci est que rien de construit ne se propose à eux. L’idée générale est de déconstruire pour voir ce qui surgira des ruines. Ce qui est la thèse du New Age, laquelle se nourrit de tous les lichens qui s’évertuent à ronger les pilotis sur lesquels repose la civilisation occidentale. Evidemment, tout n’était pas parfait et peut-être que faute d’avoir remis sur l’ouvrage les imperfections de l’écrin, celui-ci est-il devenu odieux ou invivable. Mais il n’en reste pas moins que la vision de l’Homme qui soutend cette civilisation gréco-chrétienne est assurément celle qui prend en considération la vérité la plus profonde de l’Homme et qui seule donc peut lui offrir ce dont il a profondément et réellement besoin.

L’urgence est donc de retrouver les sources saines et originelles qui ont irriguées la pensée occidentale depuis des millénaires. Il faut revenir à l’Homme, le contempler, le découvrir et le promouvoir. Les questions actuelles, de la crise financière au mariage homosexuel, reposent sur la déconnexion entre l’Homme réel et le monde dans lequel il s’insère.

Toutefois, parler de l’Homme sans l’incarner dans une réalité concrète qui concerne tout le monde, risquerait d’en faire le débat de spécialistes. Or dans quoi l’Homme s’inscrit-il naturellement sinon dans la famille ? On ne peut parler en effet de la famille sans parler de l’Homme et la famille est une réalité concrète dont l’actualité s’est elle-même emparée.

Ainsi, nombres de colloques, d’études ont vu le jour pour défendre le mariage et la famille face à la question homosexuelle. Si la situation explique un tel angle de vue, le risque d’une réduction et d’un repli d’une telle démarche n’est pas à exclure. Pour un discours durable sur la famille, il faut pouvoir parler de la nature même de la famille, non ce qu’elle n’est pas ou ne doit pas être. Mais au fond qu’est-ce que la famille ? La question ne peut trouver de réponse que si l’on répond au préalable à qu’est-ce que l’Homme car la famille, non seulement est faite d’hommes et des femmes, mais elle est d’abord là pour l’Homme.

De là il est possible de parler de la composition de la famille, de politique familiale, des réponses aux cas marginaux issus de situations de crise de la famille. Avec un tel tableau de la famille il est alors envisageable de comprendre ce qu’elle apporte à la personne humaine, à chaque personne humaine concrète, mais aussi à la société et à l’économie. Telle est l’ambition que nous devons avoir, alors que se lève le printemps français, redécouvrir l’Homme à travers  la famille.

Cyril Brun