Apprendre à durer au milieu des Loups

Catholiques en avant, des agneaux au milieu des loups !

Loup1

 

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Une myriade d’initiatives se présentent et voient le jour, parfois pour durer, souvent sans lendemain. Toutes pourtant ont leur mérite, dont celui de tenter et de se lancer n’est pas le moindre. Agir, se jeter à l’eau, labourer le terrain quel qu’il soit, où qu’il soit permet d’entretenir la flamme, de former des réseaux, tisser des liens, apprendre de ses échecs comme de ses réussites. Le revers de ce bouillonnement n’est cependant pas à prendre à la légère. Le découragement, l’épuisement, l’éparpillement sont autant de risques dommageables dans la durée. Or nous devons apprendre à durer à une époque où l’éphémère règne en maître, où l’impatience confine à la vertu, quand le mal, lui, gagne du terrain, emportant dans sa tourmente des pans entiers de notre civilisation, compromettant ainsi le bonheur même de nos contemporains, de nos enfants, de nos amis, de nos voisins. Aussi tenir le cap est essentiel dans notre combat. Encore, pour le tenir, faut-il l’identifier afin de mieux lire, sur la carte de notre « Terra incognita », les chemins qui nous mèneront vers le port que nous sommes appelés à rejoindre.

Défricher, aplanir les routes, crier dans le désert me semblent une vocation bien connue et identifiée qui pourrait bien être l’appel de notre temps en quête de sens. Aussi, est-il possible que nous nous trompions d’aire de jeu. Depuis le réveil provoqué par l’électrochoc du mariage pour tous, nous nous focalisons sur les échéances électorales. C’est une petite nouveauté, en même temps qu’une certaine révolution pour les catholiques qui avaient déserté l’arène politique depuis des décennies, malgré l’appel répété des derniers pontifes. En France particulièrement, faire de la politique c’était sale. Dans ce monde de « tous pourris », le chevalier blanc catholique répugnait à se salir les mains, laissant ainsi le navire à la dérive. Résultat, le hollandais volant écume les mers, insaisissable, en toute impunité. Aujourd’hui l’heure est à la reprise en main et c’est heureux en soi. Cependant, le terrain perdu par les catholiques, c’est-à-dire par la foi catholique, n’est pas d’abord politique. S’il convient de s’engager, et pour plusieurs raisons sur lesquelles je reviendrai, il importe avant tout de prendre conscience des véritables aires de jeu.

 

1- Un théâtre d’ombres

 

La scène politique politicienne n’est qu’un théâtre d’ombres dont les véritables acteurs se trouvent derrière un écran de fumée trop ignoré et dont nous n’imaginons pas même les prémices de l’effroyable réalité. Or nous nous essoufflons à combattre ces ombres, sans jamais atteindre l’au-delà du paravent. Avec la candeur du juste, nous nous préparons à un combat régulier, à l’ancienne, alors que nous n’avons pas même la force d’ébranler les ombres.

Les responsables politiques, quelle que soit leur intégrité, ne sont rien de plus que des agitateurs publics destinés à donner l’illusion démocratique d’un système, certes à bout de souffle, mais qui se maintient et se renouvelle sans cesse. Jugement à l’emporte-pièce, sommaire et caricatural, il est vrai, car le monde n’est pas binaire, reléguant les bons et les méchants de chaque côté d’un hémistiche rigoureusement étanche. Telle est bien, du reste, notre difficulté. Le mal se patine de bien pour se rendre plus attrayant ou plus discret. L’Homme est ainsi fait qu’il recherche toujours ce qui lui paraît bien et bon. Même lorsqu’il fait le mal volontairement, c’est pour le bien qu’il en retire. Cette constance de la psychologie humaine n’échappe pas aux metteurs en scène du théâtre d’ombres. Et dans un système officiellement démocratique, il importe que les choix proposés semblent être effectivement un bien. C’est pourquoi la bataille politique n’est que l’ultime assaut d’une longue guerre qui vise à faire accepter un mal pour un bien. Le vote des représentants du peuple ne faisant alors que sanctuariser ce nouveau bien.

 

2- La politique, un service de la charité

 

C’est la raison pour laquelle les catholiques semblent toujours avoir une guerre de retard, être pris de court par un adversaire qui a inlassablement un coup d’avance. Encore une fois, nous nous trompons d’aire de jeu. Il ne s’agit pas pour autant de déserter l’arène politique. D’abord la politique, nous rappellent les papes, est un service de la charité (soumis du reste à indulgences). En outre, ralentir l’avancée de cette culture de mort, ennuyer l’ennemi, déjouer ses artifices démocratiques n’est pas un vain combat. Mais il convient de le faire en connaissance de cause, c’est-à-dire de prendre conscience de l’immense manipulation du jeu de dupes. Faute de quoi, nos représentants, dans l’hémicycle ou ailleurs, ne feront guère mieux que Don Quichotte face à ses moulins. Parmi les autres raisons qui empêchent de disqualifier l’engagement politique électoral, nous pouvons également citer la possibilité de faire du bien avec les moyens plus ou moins bons que donne ce théâtre d’ombres, ou simplement le fait d’occuper une place que nos adversaires n’auront pas.

 

3- Le clivage politique est anthropologique

 

Car il n’est pas inexact de parler d’adversaire, mot que la guimauve catholique a tendance à bannir dans un irénisme aveugle. Mais ne nous trompons pas d’adversaires non plus. Le clivage gauche / droite est une illusion dépassée qui ne fait que mobiliser l’attention du théâtre d’ombres. Le véritable clivage aujourd’hui est anthropologique. D’un côté se retrouvent les défenseurs d’une idéologie virtuelle, cherchant à imposer un homme créé sur mesure, de l’autre se regroupent les promoteurs de l’homme réel tel qu’il est, tenant d’une vision réaliste et non idéaliste et désincarnée. Nos adversaires ne sont pas les libéraux ou les socialistes, mais les ennemis de l’Homme. Les questions économiques qui divisent l’échiquier politique aujourd’hui sont plus que secondaires face au véritable enjeu de civilisation anthropologique. Le véritable adversaire que nous avons à combattre est celui qui, pour des raisons multiples et obscures, s’en prend à l’Homme. Or l’arène politique aujourd’hui, qu’on se tourne à gauche ou à droite, qu’on la parcourt de l’extrême gauche à l’extrême droite, est massivement anti-homme. Peu de partis politiques ont pour fondement la vérité anthropologique. Ceux qui l’ont sont marginalisés, ostracisés voire ridiculisés. Leur voix n’est pas entendue parce que noyée sous les brouhahas de la comédie politicienne. Ils ne sont pas même diabolisés, comme le Front national, ils sont étouffés tout simplement. Ils représentent un bien plus grand danger que Marine Le Pen, en ce sens qu’ils portent la contradiction au cœur du problème. Pour cette raison, leur action est souvent inefficace, dans la mesure où ils ferraillent avec les ombres.

 

4- Entrisme ou prophétisme ?

 

Alors ici se pose, souvent, la question de l’entrisme ou du prophétisme. Faut-il investir les partis traditionnels ou être la voix qui crie dans le désert ? M’est avis que ce n’est pas à cet endroit qu’il faut situer une telle question. Le véritable enjeu est ce qui se passe au-delà du théâtre d’ombres. Une fois cet enjeu identifié, alors se présente une autre question : comment, depuis la scène illusionniste, porter atteinte aux marionnettistes ? Fort de la réponse à cette question, mais seulement fort de cette réponse, il est possible de se positionner entre entrisme et prophétisme. L’enjeu n’est rien d’autre que d’ébranler l’hydre qui se cache derrière tout ça. Entrisme et prophétisme n’ont que peu de chance d’égratigner le système si l’action ne vise que la partie émergée de l’iceberg. Cela étant dit, les deux ont leur utilité dans le combat à mener, parce qu’ils répondent à différents angles d’attaques et, par là, à des vocations et charismes spécifiques. La tendance actuelle qui oppose les deux porte en elle les ferments de leur échec. Les deux initiatives se regardent trop souvent comme concurrentes, parce qu’elles pensent puiser dans le même vivier. Or si le vivier commun est la vision anthropologique, dans ce vivier, chacun a des charismes propres qui, loin d’être en concurrences, sont complémentaires. Il faut à l’entriste une solide colonne vertébrale pour ne pas se laisser broyer par le rouleau compresseur qu’il entend pénétrer. Mais ce faisant, tous ceux qui occupent des postes aujourd’hui seront l’armature de demain.

Car ne nous y trompons pas. Quel que soit l’avenir de ce monde, si le système venait à s’effondrer, renouveler tout le personnel est illusoire. Il faudra bien des gens habitués aux affaires. L’histoire nous montre suffisamment que tout nouveau régime repart avec les anciens cadres. Ceci est d’autant plus vrai que nos adversaires sont bien plus prêts que nous à « récupérer » les ruines. Aussi, ne nous réjouissons peut-être pas trop vite d’une hypothétique chute du système ou du régime, si tant est que nous sachions quoi mettre derrière ces mots. L’amalgame est savamment entretenu, à tel point que plus personne ne sait trop contre qui ou quoi il faut se prémunir. La main invisible a gagné tous les esprits, bien au-delà de la simple sphère économique. Aujourd’hui, l’immense majorité des hommes et des femmes est fataliste et providentialiste. Pour beaucoup de nos contemporains, il n’y a rien à faire, c’est ainsi. La machine s’est emballée, elle s’effondrera d’elle-même, ce sera sa régulation darwinienne. Alors, après une période douloureuse, que chacun espère laisser pour la génération suivante (en souhaitant que ses propres enfants passent aux travers), le printemps refleurira, jusqu’au prochain cycle hivernal. Les politiques sont des incompétents qui ne savent pas résister aux méchants financiers et plus aucun saint du ciel ne vient sauver les hommes sans espérance.

 

5- Le fatalisme providentialiste

 

Dans ce fatalisme providentialiste se glissent tous les charlatans (parfois sincères) vendeurs de rêve et d’expérience mystique qui se sont peu à peu substitués à l’Eglise et à Dieu. Ils ne sont pas les moindres acteurs de ce théâtre d’ombres dont les planches s’étendent aux moindres aspects de la vie. Car les saltimbanques de ce vaste cirque sont tout à la fois acteurs et spectateurs. Beaucoup, pour ne pas dire tous, sont convaincus de bien faire et l’impression de vendre du vent ne les effleure pas même. Le plus souvent, ils ne sont que le porte-voix de ces sirènes enjôleuses. Le plus souvent, nous ne sommes que le porte-voix de ces sirènes enjôleuses, nous, qui pas plus que les autres n’échappons aux filets du marionnettiste. Au mieux en sommes-nous parfois conscients. Mais l’imbroglio de la vie est parfois si complexe que discerner le bien du mal nous est impossible et, comme d’autres, nous entrons, à notre insu, dans cette spirale infernale.

 

6- La vérité, ennemi mortel du système

 

Ici en effet se situe le nœud de tout le système, sa pierre d’achoppement, en même temps que son centre névralgique et son talon d’Achille : la vérité est son unique ennemi mortel. Là se trouve donc l’enjeu de tout notre combat, révéler la vérité, en tout temps et tout lieu. Il y a deux niveaux de vérité. La vérité ontologique qui concerne l’être même des choses, du monde et des Hommes et dont le contraire est le faux. Et la vérité opérative, celle qui concerne les actions des hommes et dont le contraire est le mensonge. Notre combat vise à confondre le mensonge en dénonçant toutes ces actions contraire à la vérité, mais aussi à dénoncer le faux en rappelant sans cesse la vérité. A ces deux niveaux de vérités correspondent deux domaines d’action que sont les fondements de la civilisation et le comportement des hommes. L’un ne va pas sans l’autre. Le système actuel tient par ce double mensonge qui, pour s’imposer, s’est attaqué à ces deux domaines dont il a fait le décor du théâtre d’ombres.

Aussi, ce n’est pas en ferraillant avec les acteurs politique de ce faux-semblant que nous remporterons la victoire, mais en sapant à la base ce système par une promotion tous azimuts de la vérité, au prix du martyre s’il le faut. Les premiers chrétiens étaient martyrisés pour leur foi en Dieu. Les martyrs d’Orient aujourd’hui pour leur appartenance au Christ, nous, en Occident sommes peut-être appelés à être des martyrs de la vérité ontologique. Vérité que nous devons promouvoir à temps et à contretemps. Cela signifie qu’il faut refonder l’intégralité du système de pensée actuel, lui redonner de nouvelles bases intellectuelles et spirituelles. Autrement dit, une initiative politique qui ne propose pas autre chose que des mesures conjoncturelles n’a aucune chance de remporter la victoire. Une proposition politique, même radicalement novatrice, ne pourra aboutir que si la vérité a fait son chemin dans les esprits de nos contemporains, à commencer par les catholiques. Ce qui veut dire que le premier combat à gagner est celui des idées. Nous devons massivement réinvestir tous les champs de la culture et de l’éducation, et ce en partant du plus petit niveau. Nous avons déserté l’éducation, la culture et les lieux de charité. Nous avons été remplacés par une soldatesque médiatico-culturelle uniforme et bien-pensante, un système éducatif de propagande et un état providence conditionnant ses aides à l’acceptation de ses théories les plus idéalistes. Il y a mille raisons à cette désertion, mais peu importe aujourd’hui le passé, il est urgent de réinvestir ces lieux. Même si nous serons brimés, entravés, il est de notre responsabilité de le faire et pour cela nul n’est besoin de remporter 2017, ni même 2020 ou 2022.

 

7- Un sursaut et une conversion de la part des catholiques

 

Pour cela, il faut un véritable sursaut de la part des catholiques et des hommes de bonne volonté. Il faut laisser notre confort, nos sécurités. Si le monde va si mal, ce n’est pas d’abord de la faute des autres, mais de nous qui avons massivement laissé se développer, par complicité, aveuglement ou ignorance, cette gangrène qui nous atteint au plus intime, jusque dans nos familles, dans notre vie privée. Si nous ne sommes pas prêts au sacrifice, au martyre, quelle qu’en soit la forme, n’imaginons pas que le monde ira mieux. Si nous sommes le sel de la terre, ce n’est pas pour entasser ce sel dans d’illusoires bunkers. Nous avons caché au monde la lumière, il est temps que chacun, en toute occasion, sorte de sous le boisseau. Mais nous savons bien que cela n’est pas facile. Tous, nous sommes pris par mille impératifs quotidiens, par nos propres scléroses. Isolés, il n’est pas aisé de se lancer ni de savoir que faire. Souvent nous avons tendance à dire « le monde catho est petit » parce que nous connaissons tous quelqu’un qu’un autre connaît. Mais n’est-ce pas d’abord parce que le milieu catholique est habitué au réseau, tout naturellement, parce que nous avons un signe de ralliement en la personne du Christ ? Ce réseau naturellement tissé est une puissance unificatrice de premier ordre que nous utilisons trop peu et qui, pourtant, serait une force centrifuge sans commune mesure avec les bataillons désunis que nous avons en face de nous.

 

8- Contre qui nous battons-nous ?

 

Car à la fin qui sont-ils ces adversaires ? Tout d’abord ils sont multiples, variés et sans véritable cohésion, ni connexion. Ils représentent une multitude d’intérêts divers et variés. Ils sont une pieuvre aux tentacules insoupçonnés par la pieuvre elle-même. Ils ont cependant un point commun qui les unit malgré eux, leur vision du bien est erronée. Cette fausse vision les conduit dans une direction opposée au bien, soit par leur but, soit par leurs moyens. Ils ne vont pas forcément tous dans la même direction, mais ils écartèlent le bien et le déchiquettent, comme un condamné entre plusieurs chevaux. Il n’y a pas forcément d’unité entre eux et parfois même ils s’opposent les uns aux autres. Ainsi, les financiers sans foi ni loi tirent autant sur la carcasse du bien que les écolos ou le New-Age. La différence majeure de ce dernier étant de tirer parti de tous les autres, puisque son but est de tout simplement détruire cette ère chrétienne pour permettre une nouvelle ère, celle du verseau, dont on ne sait trop ce qu’elle sera, mais là n’est pas l’important. Ici nous relirions avec profit les ouvrages de Monseigneur Schooyans, comme la face cachée de l’ONU par exemple. Le New Age agit tel un cyclone qui aspire toutes les forces destructrices et grossit à leur mesure. Les tenants de cette théorie font ainsi feu de tout bois, n’ayant pas de véritable morale. La norme du bien pour eux est ce qui concourt à achever l’ère du poisson. Cette dernière n’est, du reste, pas nécessairement vue comme intrinsèquement mauvaise, mais elle a fait son temps. L’ère qui doit lui succéder sous le nom de verseau n’est pas davantage identifiée, de sorte qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt personnel à son avènement. C’est une sorte de nihilisme du Phoenix.

 

9- La Franc-Maçonnerie

 

En revanche, beaucoup plus perverse et redoutable est la Franc-Maçonnerie. La grande différence entre les frères trois points et les autres chevaux qui disloquent le corps en putréfaction du bien réside précisément dans l’intention. Il est constitutif de la Franc-Maçonnerie, quoiqu’elle en dise, de rechercher et d’organiser la destruction de l’Eglise et de tous ses fondements. A ce titre, les francs-maçons sont organisés en une arme de destruction d’autant plus efficace que, à la différence des autres, elle a un but et donc une stratégie. Un plan sans cesse en évolution mais avec, pour seul objectif, sa propre raison d’être, en finir avec les catholiques. Le nier est suicidaire. Aujourd’hui les loges ont réussi à se rendre fréquentables, presque amusantes. A l’image du démon qui est parvenu à faire croire qu’il n’existait pas, la Franc-Maçonnerie s’est donné un visage inoffensif, surfant sur la caricature du complot judéo maçonnique pour se rendre acceptable. Pourtant, elle est omniprésente dans les milieux politiques et économiques, tout autant que financiers et militaires. Elle constitue un ordre moral supérieur pour ses membres. Leur première appartenance, avant la famille, avant leur pays, est la loge qui constitue un Etat dans l’Etat. Leurs lois internes prévalent sur les lois du pays et leur morale est seule juge de leurs actions. Ils représentent un maillage extrêmement serré de toute la société, à tous les échelons. En quelques siècles, ils ont réussi à imposer leur vision du monde, leurs codes éthiques. La civilisation qui parvient aujourd’hui au grand jour est leur construction, elle repose sur leur morale. Patiemment, ils ont fissuré l’édifice ancien en même temps qu’ils posaient les bases de celui qu’ils souhaitaient construire. C’est ici réellement que se joue l’avenir de notre civilisation. Le véritable théâtre d’opération n’est pas ce jeu d’ombres et de lumières qui nous est donné à voir, mais cet obscur soubassement qui a tissé sa toile avec constance et continue de le faire. Cette main invisible a un visage que pourtant nous avons oublié.

Pendant près d’un siècle, notre attention a été focalisée sur le marxisme. Merveilleux dérivatif qui a épuisé presque toutes nos forces et nous a fait oublier la Franc-Maçonnerie qui, tandis que nous dressions des remparts face aux communistes, a tranquillement pris place forte après place forte. Il leur suffisait d’exciter les chevaux et de lancer les rapaces sur le moribond écartelé. Alors que nous luttions contre le marxisme, nous avons perdu le combat de la famille, de la vie, de l’éducation et même de la vérité anthropologique. Aujourd’hui, l’Homme est un cadavre asphyxié, une ombre de lui-même, bien loin de l’image de Dieu.

 

10- Le jeu du démon

 

Qui pourtant peut avoir intérêt à cela ? Certes, l’homme affaibli est la proie de tous les prédateurs et les intérêts particuliers se retrouvent et s’associent, consciemment ou non. La plupart des francs-maçons ne sont qu’un maillon, entrés dans une loge pour de petits intérêts personnels, sans avoir conscience qu’ils participent à une dynamique destructrice bien plus vaste. Bien plus, le flou qui règne dans le nouveau Code de Droit Canonique laisse croire qu’être franc-maçon n’est plus incompatible avec la foi catholique. Une fois encore, le mensonge est à la base de l’édifice maçonnique qui, tel le démon, donne l’illusion du bien et du vrai pour se rendre présentable. Et ce d’autant plus que nombre d’évêques français, et plus encore de vicaires généraux, en sont. Ceci est d’autant plus surprenant, y compris spirituellement, que le véritable maître de la Franc-Maçonnerie, sous une forme ou sous une autre, c’est Satan lui-même. Les méthodes et la morale maçonniques sont rigoureusement celles du démon qui lui, en effet et de long temps, conspire contre l’Homme. Si complot maçonnique il y a, il est à cet endroit précis. Satan cherche par tous les moyens à faire chuter l’Homme et le couper de Dieu. Telle est, qu’ils l’admettent ou non, la véritable finalité des francs-maçons. Si tous ces chevaux fous qui écartèlent le bien le font de manière désordonnée et souvent instrumentalisés par leurs propres passions, la Franc-Maçonnerie est l’une des deux grandes armées humaines de Satan. Il la commande directement et c’est lui que, sous le nom de Grand Architecte, ils vénèrent. Encore une fois, ils en ont tout le caryotype, jusque dans l’habileté à se rendre fréquentables.

 

11- La lumière de la vérité

Qui veut œuvrer efficacement pour le Royaume doit donc orienter son combat vers les véritables troupes démoniaques. Or les francs-maçons agissent dans l’obscurité. Les dénoncer, les pourchasser c’est les mettre en pleine lumière, ce à quoi ils ne peuvent survivre. Aussi leur violence contre la lumière est-elle celle de la peur et du désespoir. Ils ont grandi dans l’ombre, se sont étendus sans rencontrer d’obstacle parce que nous n’étions pas au même niveau de pénétration. Ils ont attaqué l’autorité quand nous défendions la liberté. Ils ont pourfendu la liberté quand nous protégions l’éducation. Ils ont mis KO l’éducation quand nous luttions contre le communisme et ainsi de suite. Ils ont flatté les vices quand nous parlions vertu. Ils ont exacerbé les sens et la facilité quand nous en étions à promouvoir l’esprit et le don. Ils se sont toujours situés à des niveaux inférieurs. Ces bas-fonds de l’humanité que nous n’aimons pas voir, ils les ont investis et, ce faisant, ils sont arrivés avant nous partout. Ils ont dupé là où nous voulions former. Ils ont réduit en esclavage en quelques minutes quand nous prenions une vie pour éduquer à la liberté.

 

12- Lutter avec Saint Michel entre Ciel et terre

Quand bien même les Grands Maîtres Maçons n’imaginaient-ils pas tout cela, il en est un qui tissait sa toile et gagnait du terrain. Il s’agit à présent de l’affronter et de lui barrer le chemin. Pour ce faire, à vue humaine il n’est qu’un seul moyen, brandir la lumière de la vérité au risque certain de devoir souffrir pour elle, car le démon ne se rendra pas sans combattre. Telle est, aujourd’hui, dans tous nos engagements, l’urgence absolue, devenir apôtres inlassables de la vérité. Quiconque s’engage en politique doit avoir cet objectif comme ligne de conduite, quelles que soient les modalités et actions intermédiaires. Reprendre en main l’éducation et la culture est par excellence mener le combat de la vérité. Mais n’oublions pas que pour le démon, comme pour les francs-maçons, tous les coups sont permis. N’oublions pas non plus que leur imagination dans la duperie et la malice dépasse de très loin ce que nous pouvons envisager de pire. Ne perdons pas de vue que nous sommes des agneaux au milieu des loups et, à ce titre, vulnérables et naïfs. Ne perdons pas de vue que pour nous, au contraire, tous les coups ne sont pas possibles, car un bien ne justifie pas un mal. Il serait paradoxal de vouloir construire le bien par une action qui précisément le détruit.

 

13- In celo spes mea

 

A la lecture de ces quelques lignes nous pourrions croire que nous sommes cernés et ligotés. Et de fait, à vue horizontale nous le sommes. Nous sommes conditionnés malgré nous sur bien des points. Notre liberté est tronquée et nous sommes souvent manipulés. Ce monde morose semble nous happer et nous laisser impuissants. Mais notre horizon et notre véritable liberté ne sont pas là. Si l’étau se resserrait à ce point que nous ne soyons plus que des machines à qui l’on explique comment manger, s’habiller et penser, il nous resterait toujours l’acte ultime de notre finalité, à savoir choisir Dieu, même dans notre prison humaine. Car au fond tout peut nous être retiré, sauf choisir Dieu. C’est un point que personne, pas même le démon, ne pourra jamais réduire à sa merci. Même dans ce monde perverti où un gouvernement dévoyé cherche à imposer un changement de civilisation, nous aurons toujours l’ultime liberté de choisir Dieu. Et c’est bien ce qui a dérouté les grands ordonnateurs des simulacres de 2013. Les catholiques ne sont pas morts. Pire, ils résistent avec une force invincible. Ils ont bien compris que la force ne nous ferait pas plier. Et cela les a désarçonnés. Ils nous pensaient décadents. Ils ont cru que leur victoire était totale et qu’ils pourraient porter le coup de grâce en toute hâte. Ils se sont trompés, mais ils vont se reprendre et nous sommes loin d’être au bout de leur foudre. Mais cette fois-ci serons-nous encore à courir derrière de mauvais lièvres ? Arriverons-nous encore trop tard ? C’est à nous de prendre la main et de donner le tempo. Malheureusement, nous sommes presque tous repartis tête baissés, comme avant, dans le théâtre d’ombres au lieu de prendre d’assaut les lieux de vérité. Nous avons attendu l’homme providentiel au lieu de nous prendre en main là où nous étions. Nous sommes les hommes et les femmes providentiels là où la Providence nous met. A nous de ne pas déserter, de ne pas nous laisser aller à la facilité qu’aime tant le démon.

 

14- Alors que convient-il de faire ?

 

Oui nous sommes en guerre contre la barbarie. Mais Hollande et Taubira c’est aussi la barbarie. Le chrétien doit lutter au quotidien contre les attaques spécieuses du démon qui sème embûche sur embûche dans sa vie. Mais il doit, aujourd’hui plus que jamais, prendre les armes du Christ contre le mal qui a lancé le gros de ses forces contre l’humanité. Le chrétien a cette grâce particulière de pouvoir arrêter la spirale du mal parce qu’il sait discerner le bien. Cette grâce est une lumière mise sous le boisseau, un talent dont il faudra rendre compte, car à nous protéger, nous nous confinons dans l’égoïsme et faisons doublement le jeu du démon.

Alors que convient-il de faire ? Avant tout nous former. Dieu dit au prophète Osée « mon peuple est en exil faute de connaissance ». Or connaître Dieu, c’est l’aimer. Notre roc dans ce monde et dans ce combat c’est notre amour sans cesse grandissant de Dieu. Or cet amour, pour être vrai, doit sans cesse se rapprocher du Dieu véritable et non d’une illusion construite par le discours des hommes. Se former pour le chrétien n’est pas d’abord acquérir un savoir, mais découvrir toujours davantage qui est Dieu. Si notre formation ne nous approche pas de Dieu, ne nous conduit pas sans cesse à l’abandon, à l’amour et à la conversion, nous nous effondrerons au moindre vent contraire. Aussi ce qui doit être premier pour nous est de rechercher le Ciel et d’en faire l’étalon de mesure de notre action. Si la patrie des francs-maçons est leur loge, la nôtre est le Ciel. Nous ne pouvons combattre le Mal avec nos simples forces humaines. C’est en puisant à la source divine que nous pourrons porter du fruit dans notre combat. Un fruit qui demeure parce qu’il n’est pas de nous mais de Dieu. Honnêtement, toute tentative purement humaine ou qui ne comprend pas que nous sommes entre ciel et terre est vouée à l’échec parce qu’elle fait le jeu du démon qui refuse que le Ciel vienne sur terre. La racine de tout se trouve ici. Si nous lisions la vie, le monde, la politique à cette lumière, nous serions surpris de voir un éclairage bien différent derrière le théâtre d’ombres.

N’en doutons pas, seuls les chrétiens peuvent faire tomber le mur du mensonge. Encore faut-il qu’ils le veuillent. Pourtant c’est un acte de charité essentiel de leur responsabilité. Nous devrons rendre compte des âmes perdues, des souffrances occasionnées par notre défaillance à l’appel de Dieu pour Le donner au monde.

Nous tirons encore trop de confort du système actuel. Nous nous sommes pour beaucoup compromis avec le mal qui nous ne nous dérange pas tant que ça, parfois même au contraire. Notre responsabilité est énorme et elle grandit à mesure que l’adversaire progresse. Ne nous laissons pas enivrer par les sirènes électoralistes, par le théâtre d’ombres, par les prophéties millénaristes ou providentialistes. N’attendons pas un grand monarque venu des mers avec une baguette magique, mais œuvrons ici maintenant.

 

16- Frères d’armes

 

Notre grande difficulté, une fois notre confort mis de côté, est de nous organiser. Et là, pardonnez-moi l’expression, ce n’est pas gagné. Le gaulois aime sa tribu et ne s’allie pas forcément avec celle du voisin. Le problème ici est que nous nous voyons en concurrence au lieu de nous voir en complémentarité. Nous avons l’obsession du nombre. Nous n’imaginons pas que deux ou trois personnes peuvent suffire pour faire de petites choses. Nous ne voulons pas toujours nous investir dans du trop petit, nous rêvons de grandes réalisations ou plutôt de ce « truc » qui changera tout d’un coup.  

Une telle vision est absolument contraire à notre foi dont l’un des piliers est la dignité humaine assumée par l’incarnation du Christ. Or cette dignité suppose la subsidiarité, c’est-à-dire la responsabilité de chacun à son niveau. Il n’est pas question de mettre en ordre de marche une armée télécommandée d’en haut, mais de susciter une myriade d’initiatives qui feront du bien là où elles seront. Partout où la vérité sera défendue, la lumière progressera. Il n’est pas besoin de structure nationale, ni de faire nombre, pour tout. Et puis, si deux structures se trouvent effectivement en concurrence, peut-être serait-il plus judicieux de se demander si les deux sont nécessaires. Mais là, service et humilité sont bien souvent mis à mal. Car pour servir, il faut être détaché et abandonné, ce qui nous renvoie à la dimension spirituelle de notre combat. Cette peur de la concurrence nous empêche de mutualiser, de communiquer, voire, souvent, d’envisager des actions communes. Nous sommes si peu nombreux que nous nous arrachons les uns aux autres. Pour habiller Paul nous n’avons guère de scrupule à déshabiller Pierre.

Comme nous ne sommes pas tous au clair sur le combat à mener, chacun peut avoir tendance à vouloir discréditer l’action de l’autre et valoriser la sienne. Et malheureusement dans les initiatives politiques actuelles ce n’est que trop souvent le cas. Pourtant, si nous prenions conscience que la victoire se fera par le triomphe de la vérité, nous pourrions reconnaître en l’autre un frère d’armes et ainsi l’aider, l’appuyer et orienter vers lui ceux dont le charisme correspond davantage à son action qu’à la nôtre. Ces dernières lignes sont le fruit de mes rencontres, de mes expériences nombreuses en la matière. Oui, nous sommes loin de nous considérer comme des frères d’armes. Preuve que nous avons maille à partir avec le démon, la division est son arme privilégiée. Aujourd’hui, être catholique ou chrétien ne constitue pas une appartenance aussi forte que pour les francs-maçons. Pourtant, eux se disent frères par l’engagement qu’ils prennent les uns vis-à-vis des autres. Nous, nous sommes frères par le sang du Christ. Une communauté de vie, de sang, de famille nous unit. Mais il nous appartient d’en faire une communauté de charité, car la lumière passe par là. Le Christ ne nous prévient-il pas que c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que nous sommes ses disciples ?

 

17- Bâtir une nouvelle France

Ce n’est qu’en éradiquant le mensonge et le faux que nous pourrons bâtir une nouvelle France, enracinée dans le vrai et bonne pour l’Homme. Nous devons être convaincus que si nous ne renversons pas le système à la base, nous nous épuiserons en vain. Ne nous cachons pas non plus derrière l’expression système et ne créons pas une séparation virtuelle entre ceux qui seraient dans le système et les autres. Nous sommes tous dans le système, car celui-ci est global. Il s’agit d’un ensemble uni reposant sur une vision commune, admise ou imposée, et qui tient toute la société par une synergie interne plus que par une cohérence. C’est parce que nous avons peur de son effondrement que nous le maintenons en vie. Mais ce système, c’est le théâtre actuel et concret de notre vie, que nous la prenions dans sa dimension politique, économique ou sociale. Il ne s’agit donc pas d’agir dedans ou hors du système, mais d’avoir conscience qu’il est une réalité centrifuge dans laquelle nous évoluons et qui repose sur une série de mensonges ou de faux principes. Il nous appartient donc tout à la fois de dénoncer ce mensonge et cette illusion et, en même temps, de redonner les bases vraies et solides d’une civilisation de l’amour au sens fort du terme. Nous ne pouvons faire l’un sans l’autre, car si nous ébranlons le système sans avoir mis en place les ferments solides d’une alternative, il se relèvera de lui-même, comme l’hydre d’Héraclès.

Aussi la tâche est-elle loin d’être aisée et ce n’est pas une simple victoire électorale qui nous donnera la victoire. Avec réalisme nous pouvons dire que c’est l’inverse. La victoire du combat se traduira par une victoire politique qu’elle soit électorale ou non. La tâche qui nous incombe est la plus rude qui soit, puisqu’il s’agit de toucher les intelligences et les cœurs. Elle n’est pas impossible. Les apôtres y sont parvenus en leur temps et nombre de missionnaires également. Mais ils avaient quelque chose d’essentiel pour cela. L’amour de Dieu leur a fait préférer le Ciel à eux-mêmes, les âmes à leur confort. Ce faisant ils ont cherché à faire l’œuvre de Dieu plutôt qu’une œuvre pour Dieu et se sont rendus ainsi disponibles à Sa volonté. Tant que nous serons rétifs à l’abandon, au sacrifice et au martyre pour l’amour du Christ et le salut des Hommes, le royaume piétinera, parce que nous sommes coresponsables du salut de nos frères par notre baptême. Aplanir les routes et crier dans le désert, à l’image de saint Jean-Baptiste, c’est d’abord révéler la lumière et confondre le mensonge.