Régionales, 2015, l'illusion démocratique

Régionales 2015, ou l'illusion démocratique

 

Serment du jeu de paume

Qui n’a pas remarqué l’aporie de notre système démocratique, après la parodie électorale des Régionales 2015 ? Qui pourtant, parmi les grands médias (grands par les subventions qui leur donnent un quasi-monopole de la désinformation) et les grands politiques (grands par l’audience que leur donnent lesdits médias), a pointé ouvertement du doigt l’aberration sortie des urnes ? Les journaux nationaux ont brodé sur l’échec inquiétant d’un Front National qu’ils ont pourtant contribué à faire monter, autant que le parti mitterrandien du reste. Le gouvernement s’est évertué à se poser en défenseur de la république jusqu’à offrir son parti en sacrifice dans les régions qui auraient pu virer au bleu marine. Les ex-UMP et UDI ont assuré avoir entendu le « coup de semonce » et, depuis, les nouveaux présidents élus appellent, une fois de plus, à faire de la politique « autrement ». Comme le 21 avril, comme le 11 janvier, comme le 13 novembre, à moins que ce ne soit le 11 novembre, le 21 janvier ou encore le 1er avril. Finalement des dates phares, bradées sitôt l’émotion retombée. Des mots, encore des maux, toujours « démo ». L’habituelle posture scandalisée de nos politiques parés en vierges effarouchées, construite comme un épouvantail, repoussant les importuns loin du véritable problème passé une fois de plus sous silence, la démocratie à la française est une vaste blague, pour ne pas dire, mais disons-le quand même, une fumisterie totalitaire.

Comment personne, ou presque, dans cette intelligentsia politico-médiatique ne s’est ému d’autre chose que de la montée du Front National ? Défendre les valeurs de la république n’est-il pas pourtant le credo de cette élite autoproclamée ? Mais peut-être que ces valeurs arlésiennes de la république ne comprennent pas en leur sanctuaire la démocratie, ou donnent de celle-ci une expression bien étroite. Bien avant le risque hypothétique que pourrait représenter le FN, risque différemment pire que celui du PS ou de l’ex-UMP, il me semble que la première chose qu’il eût fallu dénoncer n’était autre que l’aberration du système lui-même. Or aucun des membres de cet aéropage de la Vème République déclinante ne s’est élevé contre l’absurdité en forme d’impasse par laquelle un parti ne représentant pas 20 % des votes gouverne presque la moitié des régions et la nation toute entière. Tout comme les syndicats, ultra minoritaires, font la pluie et le beau temps, les Français ne sont pas représentés par des élus qui portent leurs convictions. La démocratie, dévoyée par les partis en place, est, en France au moins (ne parlons pas des autres…), une illusion qui masque un coup d’état totalitaire permanent.

Le système, dans sa forme actuelle, est un pied de nez continuel aux Français, pris pour des imbéciles, mis sous tutelle, infantilisés et maintenus dans l’illusion. Pendant ce temps, sous couvert de démocratie, une minorité d’apparatchiks décide de tout, y compris de notre propre sexualité, en toute impunité. La démocratie de la Vème République, à bout de souffle, est un totalitarisme masqué, bien plus inquiétant que la montée plus ou moins orchestrée d’un Front National devenu, pour l’heure, le meilleur moyen de maintenir en l’état le système et qu’il suffit de brandir, à grand renfort de larmes médiatiques, comme un épouvantail pour effrayer le bon peuple et le tenir loin du cadavre démocratique en décomposition dont se nourrissent tout autant les barons de gauche que de droite, extrêmes compris. Dès lors, c’est sans vergogne que le locataire de l’Elysée se comporte en chef de parti et non de l’Etat ; que Matignon est le repaire de bandes organisées en bastions imprenables et que même le perchoir devient le crachoir discriminant les races et la France elle-même. Premier signe de ces conclusions tirées par tous les ténors face à ce tsunami Front National, faire de la politique autrement c’est plébisciter Claude Bartolonne en le reconduisant à la présidence de l’Assemblée Nationale, qui n’a plus désormais de nationale que le nom. Quand, en effet, la France qui comprend tout de même nombre de Français de « race blanche » est représentée par ceux-là même qui la détruisent, la dénigrent et, disons-le, la haïssent, comment parler encore de démocratie ? Quand le peuple est gouverné, entendons avili, écrasé, sommé de se taire par un appareil qui ne représente que lui-même, comment croire encore au respect de la dignité humaine, faite de responsabilité personnelle et de liberté ?

Ces élections, bien loin d’être une victoire de la république (qu’appelle-t-on république du reste ?) est une défaite cinglante et cynique de la démocratie. Preuve s’il en est qu’en France, comme en URSS ou en Chine, la république ne rime pas avec démocratie et pas davantage avec Droits de l’Homme. Clairement, la volonté du peuple n’est ni prise en compte, ni respectée. Pire, elle est ouvertement méprisée. Quand 40% des Français d’une région choisissent un candidat du Front National, aucun média, aucun politique ne respecte ce choix. Les politiques et les médias actuels ont peur du peuple, parce qu’ils savent très bien que les attentes, les désirs et les aspirations les plus profondes de celui-ci, non seulement ne correspondent pas aux leurs, mais, plus dangereux pour eux, leur sont contraires.

Bien entendu, le monde politique n’est pas binaire et il n’y a pas les bons et les méchants. Certainement faut-il saluer et encourager ceux qui, droitement, espèrent changer les choses. Mais à la fin il faudra le dire, la République de Messieurs Valls, Hollande, Sarkozy et autres Le Pen et Philippot est un tyran sans commune mesure avec les régimes qui l’ont précédé. Nos libertés sont bafouées. Notre responsabilité personnelle nous est refusée. Notre voix est méprisée. Pire encore, tout cela est fait « au nom de la République » en vertu du suffrage universel qui donne caution à ces tyrans des temps post-modernes (pas si modernes que ça, le procédé est éculé depuis l’antiquité).

Il faut que le peuple de France cesse de se voiler la face et de se complaire dans l’illusion démocratique que sa passivité alimente, au-delà des espérances mêmes de l’oligarchie en place. Le problème n’est pas la montée du Front National, lequel joue, comme les autres, avec ce système. Le drame est dans notre renoncement toujours plus grand à notre liberté, à notre intelligence que nous vendons à bas prix aux agents du système parce que nous croyons qu’ainsi nous ne perdrons pas nos petits acquis de confort. Aucun parti ne se pose en défenseur des libertés fondamentales. Ce qu’ils appellent liberté n’est en fait que permissivité.

La liberté a un coût, c’est vrai. Mais secouer ce joug totalitaire qui se délecte et se nourrit de notre aveuglement complice ne peut que se révéler bénéfique. Ne croyons pas que nous « changerons » les choses sans reprendre notre liberté, sans retrouver l’initiative de l’action. Certains auront peine à croire qu’en France, pays des libertés, il faille se battre contre le totalitarisme. Pourtant, celui-ci était larvé depuis des décennies (allez, avouons-le, depuis près de deux siècles), il s’est révélé en pleine lumière depuis l’élection du premier secrétaire Hollande et du sectaire franc-maçon Valls, sans parler de la révolutionnaire indépendantiste Taubira. Il ne s’agit plus de prendre garde aux dérives liberticides. C’est déjà bien trop tard. Il faut à présent reconquérir notre liberté pour sortir de l’illusion démocratique et reprendre en main notre destin. Rien, soyez-en assurés, rien ne fait plus peur aux politiques et aux médias que le peuple de France retrouve sa liberté et, par là, l’accès à la vérité.

Qui veut faire de la politique autrement doit construire son modèle sur cette liberté responsable. Qui veut dire autre chose en 2017 doit avoir le courage de se présenter en héraut des libertés, les vraies, celles qui respectent la dignité humaine, et non ces ersatz de libertés qui ne sont que la décrépitude libertaire.

Ceux qui sont habitués à me lire doivent trouver mon ton bien plus véhément que les inspirations philosophiques que je livre habituellement. Mais à jouer les Cassandre depuis des années, il me semble, qu’une fois n’étant pas coutume, il est urgent de dénoncer ce travers liberticide insidieux, plutôt que d’attendre que le joug soit devenu insupportable et déchaine les inévitables violences qui sourdent de moins en moins discrètement.

Mais après tout, si ceux qui gouvernent ne nous entendent pas, s’ils ne tirent pas les conclusions en laissant la place au peuple, peut-être arrivera-t-il, comme inéluctable, de leur montrer la sortie, voire de les y précipiter.