préparer 2020, réponses à Franck Abed

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J’ai   proposé   un   entretien   écrit   à   Cyril   Brun   docteur   en   histoire   et   enseignant   aux Universités   de   Bretagne   Occidentale   et   de   Rouen.   Il   est   également   directeur   de   la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste   chrétien,   il   a   publié   plusieurs   ouvrages   dont   "Pour   une   spiritualité   sociale chrétienne"   (Tempora,   2007)   et   "Le   Printemps   français   :   le   grand   réveil   de   notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013). Il dirige le cabinet d’éthique et d’anthropologie Anthropos. Je ne partage pas ses analyses, notamment sur LMPT et c’est peu de le dire, mais j’ai quand même voulu l’interroger pour en savoir plus. Merci à lui d’avoir accepté de répondre à mes questions. Franck ABED

 

Dans un récent article vous défendez l’idée selon laquelle il faut travailler dès à présent pour les municipales de 2020, étant donné que pour 2017 c’est déjà trop tard. Dans une époque où la semaine prochaine semble déjà très loin pour la majorité des Français, n’est-il pas illusoire d’inscrire une action politique aussi loin dans le temps ?

Vous situez parfaitement l’un des gros problèmes de notre temps et particulièrement de notre temps politique, l’immédiateté. C’est ce mal qui nous a peu à peu exclus de la scène de la politique (avec la désertion morale) et il me semble que c’est par ce travers que nous pouvons revenir, si nous acceptons de renoncer à notre plus grossière erreur, combattre sur le terrain favori de nos adversaires. Ils gagnent toujours parce qu’ils nous ont fait perdre pieds. Nous avons, poussés par leurs agacements perpétuels, lâché notre propre assise. Nous nous sommes laissés déstabiliser et submerger par une attaque il est vraie massive, violente et pernicieuse. Mais ce faisant, nous avons voulu nous aussi jouer la rapidité, l’émotion, la communication. Bref nous avons laissé notre bon labour en profondeur pour courir à notre tour derrière les médias. Nous avons perdu la bataille de la communication, pour un tas de raisons, et nous avons fini par nous cantonner à « faire barrage ». Il faut dire que jusqu’à il y a deux ans, chacun pensait être plus ou moins seul dans son coin. La grande victoire des Manifs a été de nous révéler à nous-mêmes. A partir de là, tout devenait possible. Il reste que les forces auxquelles nous nous opposons sont nombreuses, perverses et tiennent tous les canaux de communications, ainsi que la force dite légitime puisqu’ils ont le pouvoir (qu’ils soient de gauche ou de droite). Tant que nous ne ferons pas une petite révolution mentale, nous perdrons. Il nous faut en effet abandonner des décennies de réflexes politiques qui nous ont cantonnés sur la défensive ou l’entrisme. Nous devons désormais penser « hors système ». Je n’aime guère cette expression qui recouvre un dédale de lieux communs facilement récupérables, mais en l’occurrence le système actuel a ses codes, ses règles du jeu et surtout ses experts dont nous ne sommes pas. Nous nous usons depuis des décennies, avec la meilleure volonté du monde, à combattre sur un champ de bataille pour lequel nous ne sommes pas équipés et moins encore dimensionnés intellectuellement et moralement. La victoire de nos adversaires réside en ceci : nous avoir forcés à combattre sur leur terrain avec leurs armes. Nous ne savons pas utiliser ces armes parce qu’elles ne correspondent pas à notre morale et plus encore parce qu’elles ne permettent pas de rejoindre le but que nous nous fixons. Que celui-ci soit clairement établi ou simplement intuitivement déduit de notre conscience. Le mur de Berlin n’est pas tombé en utilisant les armes du communisme. Tous les opposants aux régimes soviétiques ont gagné la guerre à partir du moment où ils ont suivi leur propre règle, c’est-à-dire la vérité profonde de ce qu’ils étaient. Parce que là ils avaient en main des armes qu’ils savaient utiliser et que les autres ne connaissaient pas et ne savaient pas efficacement contrer. L’exemple des veilleurs debout à ce sujet est très éclairant. Le gouvernement ne comprend pas les motivations de ces statues silencieuses et ne sait les combattre. Ils utilisent leur technique d’intimidation qui fonctionne par endroit mais pas à d’autres. Si nous parvenons à rester sur notre propre aire de jeu, ils ont perdu. Mais cela suppose du temps, de la patience et une solide colonne vertébrale.

Et c’est dans ce contexte que je situe l’échéance de 2020. 2017 a ses raisons d’être. Mais 2020 c’est l’enracinement dans le temps. C’est le pari du long terme, c’est prendre à contrepied ce régime de l’immédiateté, cette génération zapping. Mais cela suppose de notre part une conversion mentale car nous sommes, comme les autres, contaminés par le venin du moment, immédiateté, impatience, manque de ténacité ou d’endurance. Laissons les autres s’essouffler au jour le jour. Le sprint nous l’avons perdu et nous le perdrons parce que le monde réel se fait dans le temps. Redevenons des coureurs de fond. C’est notre première urgence. Evidemment, si nous préférons nous laisser dominer sur l’aire de jeu du système alors ne soyons pas surpris d’être les éternels perdants.

La démocratie en France est un leurre. Vouloir combattre le système dans un domaine où il fait et défait les règles, et gagne toujours, quelle que soit la circonstance, ne revient-il pas à une perte de temps, d’argent, d’énergie, tout en contribuant à entretenir la spirale de la défaite ?

C’est ce que je veux dire en parlant d’aire de jeu. La démocratie est un leurre partout dans le monde. Encore faut-il savoir ce que nous entendons par démocratie. L’histoire montre combien ce concept peut évoluer tant dans son expression que dans sa légitimité. La vraie question n’est pas d’abord celle de la démocratie, mais de la légitimité de la souveraineté. Qui détient cette souveraineté et en vertu de quoi ? La démocratie n’est qu’une des expressions possibles de cette souveraineté. Et à l’intérieur même de cette modalité de multiples versions sont praticables. C’est toute la pensée en matière de souveraineté qu’il faut revoir, car depuis Bodin, cette conception moderne est une aporie ouverte à tous les vents et tous les amalgames. Aussi, avant de condamner un régime ou un système, c’est-à-dire au fond avant d’en promouvoir un plutôt qu’un autre, il convient de remettre à l’honneur une notion juste de la souveraineté d’où découlera un (ou plusieurs) régime politique. 

A l’heure actuelle, la démocratie est de toute façon un mensonge entretenu par l’illusion démocratique, c’est-à-dire l’illusion d’un pouvoir du peuple. Mais au-delà de la dictature qui est réellement au pouvoir, se pose la question des normes fondamentales du régime. En d’autres termes, sur quoi se fonde, non le pouvoir du régime (cela dépend de la souveraineté), mais sa justice ? Quelles sont les valeurs qui mettent une limite gauche et une limite droite au pouvoir et donc à la souveraineté ? Le souverain décide-t-il du bien ? C’est l’idée moderne issue de la pensée post Bodin. En ce cas, en démocratie, la majorité est la norme ultime du bien. Là réside le fond du problème actuel. Bien au-delà du régime, le drame de notre temps est que le pouvoir n’a d’autres normes que celles qu’il se donne. Le bien n’est plus une donnée intangible, il est l’enjeu d’un rapport de forces.  Là encore, vouloir faire basculer la majorité de notre côté ce n’est qu’utiliser les moyens viciés d’un système qui l’est tout autant. C’est participer à l’idée que le bien est un enjeu de majorité. Au mieux cela nous fait gagner du temps, mais au pire cela contribue à le relativiser. Notre combat n’est pas de faire triompher le bien dans l’arène, il est de mettre ce bien comme fondement de l’arène.

Aussi, se plier au jeu démocratique s’entend pour l’administration du Bien Commun, non pour sa définition. Les Athéniens n’ont jamais décidé par vote du bien ou du mal. Zeus lui-même était soumis à la réalité de ce qu’était le bien. Leurs décrets visaient à appliquer ce bien à la réalité concrète du moment. Le jeu actuel est celui d’une république dévoyée dont les mécanismes sont liberticides. La question qui se pose à nous est assez simple. Ou nous investissons ces lieux de pouvoirs ou nous les désertons. La question est simple mais la réponse nettement moins, car la réponse à la question n’est pas une fin en soi. Le choix ne doit être qu’un moyen en vue d’une fin plus grande. Investir les lieux de pouvoir, ou les déserter, doit être le moyen en vue d’un but précis, à savoir faire changer les choses. Ce dont il faut être cependant convaincu, et l’histoire le montre abondamment, c’est qu’on ne renouvelle pas un personnel politique de but en blanc et dans sa totalité. Les responsabilités politiques sont un vrai métier et il est important que nous ayons, nous aussi, un personnel aguerri et crédible. L’échelon local, une fois encore, me semble le plus approprié pour cela.

 

De manière générale, les catholiques n’arrivent pas à faire entendre leurs voix dans le débat politique et c’est peu de le dire. L’un des exemples les plus frappants de cet échec reste à ce jour La Manif Pour Tous (LMPT). Il n’est nullement question de règlements de compte ou d’affaires personnelles, mais d’observation objective de la réalité. Plusieurs manifestations regroupant des centaines de milliers de personnes (en cumulée) ont eu lieu dans plusieurs villes de France pour l’abrogation d’une loi. Finalement celle-ci n’a pas été abrogée mais au contraire durcie (avortement) dans un sens qui nous est totalement défavorable. A l’aune de constat, n’est-il pas venu le moment de changer à la fois de «  chefs », de méthodes et surtout de « doctrine » ?

Je ne suis pas d’accord. Les Manif n’ont pas été un échec. Certes nous n’avons pas obtenu le résultat visible que nous en attendions et qui nous a mis en mouvement. Mais le simple fait d’être en mouvement et de voir toute la dynamique qui se poursuit est un véritable succès. Et puis, en soi, mettre autant de monde dans la rue est un succès. Là encore, ne raisonnons pas à court terme, mais posons-nous dans la durée. Quel mouvement social est encore actif dans ses diverses branches, 3 ans plus tard et malgré un échec visible ? Non, ne courbons pas l’échine honteusement. Nous avons réalisé une prouesse et c’est une véritable victoire. A quoi bon ? Entendons-nous dire. Précisément, ce réveil devrait nous donner une mentalité conquérante de vainqueur. En outre vous rappelez que nous sommes catholiques, ce qui veut dire que nous avons gagné d’avance parce que le Christ a déjà remporté la victoire.

Je l’ai dit abondamment et dès le début à Frigide, nous nous trompons d’aire de jeu. Nous ne pouvions pas gagner cette première bataille parce que nous nous sommes situés au même niveau que nos adversaires, dans le rapport de force. Même le vocabulaire choisi par les premières équipes LMPT allait dans ce sens. Je ne vais pas refaire ici tout l’historique de ce mouvement, qui a gagné ses lettres de noblesse en créant une dynamique qui ne s’éteindra pas de si tôt. Les choix actuels de la direction de LMPT, choix posés en discussion avec les responsables locaux, sont propres à l’histoire même du mouvement. Mais LMPT, avant tout, c’est un label, un signe de ralliement, un sentiment d’appartenance qu’il est important de maintenir et d’alimenter. Il appartient en outre aux nombreux acteurs issus de LMPT de prendre des chemins spécifiques pour des actions spécifiques. LMPT devient un lobby. Cette orientation, à mon sens, clarifie les choses et libère le terrain. Malheureusement, la plupart des initiatives plus « politiques » n’ont pas compris ce qu’était LMPT, ce sentiment d’appartenance non exclusif et surtout cette grande liberté de chacun qui peut se reconnaitre LMPT sans être un adhérent exclusif. Aussi, la tendance a été et demeure une forte tentation à la récupération du mouvement. Ce tropisme est stérile, à mon sens, dans la mesure où précisément il s’agit d’abord d’un esprit plus que d’une adhésion formelle. La direction de LMPT est confrontée à un petit hiatus. Elle est extrêmement active et mène un incontestable jeu d’influence qui suppose la discrétion et le travail de fond. La discrétion de certaines de ses actions laisse parfois penser que le mouvement s’essouffle et peut démobiliser alors même que la force de son influence repose sur sa capacité de mobilier. Mais le travail est réel et porte ses fruits ici ou là. C’est une option prise par LMPT et assumée comme telle. Aussi, plutôt que de changer chefs, doctrine et méthode, faut-il envisager d’autres initiatives complémentaires. L’idée que je soumets en est une.

Pour les chefs, la question est lancinante depuis le début. Cet homme providentiel, où est-il donc ? Personnellement je pense qu’il nous sera donné quand nous serons prêts et que, pour être efficace, nous avons à lui préparer une armée. Là encore c’est le sens de l’initiative que je suggère, sans être celui qui peut la mettre en place. Cela dit, l’idée est transversale et nous la trouvons, monnayée différemment, dans certains projets comme celle de l’Avant-garde, de France de terre d’espérance ou encore de France Audace.

Evidemment si une autorité légitime se levait, je pense que la question serait bien différente et fédératrice par nature.

 

 

En tant que catholique, nous partons du principe que le pouvoir vient de Dieu, donc d’En Haut, à l’image de cette Colombe descendant du ciel pour apporter le Saint Chrême à Saint-Rémi lors du baptême de Clovis. De fait, vouloir reconquérir  l’Etat et ou la société par le bas vers le haut ne s’apparente-t-il pas à une méthode gauchiste ?

« Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut » dit le Christ à Pilate en effet. Ceci étant, il convient de distinguer et préciser chaque mot, sans quoi nous tombons dans le travers qui nous est le plus néfaste, l’amalgame. Il faut distinguer souveraineté, autorité et exercice du pouvoir qui sont trois notions différentes que malheureusement nous amalgamons et inter-changeons pour notre plus grand mal.

La souveraineté est l’autorité suprême détenue de façon absolue, quelle que soit la légitimité de cette détention. L’autorité est l’expression visible de cette souveraineté, tandis que le pouvoir est l’exercice de cette autorité. Les trois peuvent être rassemblés en une personne ou séparés.

Le souverain est celui qui peut décider librement de son avenir. Il le peut parce qu’il en a l’autorité, le pouvoir et la légitimité. La plupart du temps il délègue l’exercice du pouvoir qui est dès lors rendu en son nom. Vous voyez déjà un problème poindre avec l’exercice actuel de la souveraineté qui est réputée appartenir au peuple. Un magistrat agit non pas au nom du peuple, mais de la loi. Ce qui signifie que la véritable autorité est la loi, à laquelle, en effet, le peuple se soumet. Qui donc contrôle la loi est le véritable souverain, à savoir dans la conception moderne de la souveraineté, la majorité. D’où l’instabilité générale dans le temps.

Dans le schéma de la Sainte Ampoule, Dieu ne confère pas l’autorité, il la confirme. En effet, des rois n’ont pas été sacrés, ou bien ont régné et pris des décisions bien avant le sacre lui-même.

La question de la souveraineté posant la question la liberté, elle, renvoie à la personne humaine dont la dignité exige, à l’image de Dieu, la liberté. Nous touchons là le cœur du principe de subsidiarité. L’Homme est la seule personne responsable de ses propres décisions et donc du devenir de sa vie. Un Etat n’est pas agissant en soi. Ce sont ses représentants qui agissent. Louis XIV ne disait-il pas « l’Etat c’est moi » et dans les constitutions de l’Ancienne France, bien avant les notions d’absolutisme, qui ne furent du reste jamais réelles, en effet l’Etat c’est le roi. Car l’Etat n’est rien autre qu’un organe de gouvernement, expression du pouvoir délégué par le souverain. Peu importe au fond l’Etat, ce qui compte c’est la souveraineté. Cette dernière s’organise par le truchement d’un Etat aux formes variées. En réalité, la véritable souveraineté appartient à la personne humaine du fait même de sa ressemblance à Dieu. Dieu étant la source de l’autorité et du pouvoir puisque l’être humain n’est jamais que participation à l’Être divin.

C’est bien chaque personne humaine qui délègue cette autorité (de diverses manières), mais qui en reste maître. Et précisément, en relisant les constitutions de l’Ancienne France, il est très clair que le roi est détenteur de cette autorité déléguée dans des conditions très précises. Cette souveraineté est en fait confiée à une famille particulière et, par là, à son chef. Je vous invite à lire les excellents travaux à ce sujet de Bernard Basse, La Constitution de l’Ancienne France. Dieu confirme par le sacre l’autorité royale. Le roi toute sa vie en sera détenteur mais ne pourra l’exercer que dans des conditions précises.

La souveraineté appartient par nature aux personnes humaines assemblées, pour des raisons historiques et géographiques, en un ensemble politique pour lequel ils délèguent une partie de leur autorité (et non de leur responsabilité). Cette autorité prend la force exécutive d’un Etat, lequel état peut être de trois formes, démocratique, aristocratique ou monarchique. Ces trois formes se déclinent et se combinent, mais sont loin d’être équivalentes et adaptées à toutes les situations. Pour Thucydide, la démocratie était la crise permanente, dans la mesure où elle n’est jamais qu’un rapport de force perpétuel.

Après la légitimité de l’autorité (délégation de la souveraineté) se pose toujours la question du bon exercice de celle-ci. S’ouvre là la question du bon prince (que le prince soit élu, héréditaire ou oligarchique), c’est-à-dire celui qui gouverne effectivement pour le bien du peuple, critère ultime de l’adhésion de ce dernier. Isocrate disait qu’un bon roi n’avait pas besoin de gardes pour le protéger, mais qu’un mauvais pouvait craindre d’être renversé. Le maintien pacifique du roi ou son éviction par le peuple est le gage de l’adhésion ou du refus du peuple souverain. Ici se pose la question de l’intelligence du peuple et de sa manipulation. C’est ce qui faisait préférer à Aristote l’aristocratie. Le gouvernement par les meilleurs, les plus capables. Selon lui, la souveraineté est bien au peuple, mais le peuple légal n’est pas l’ensemble de la population, mais la partie capable de celle-ci.

Les Athéniens distinguaient en effet le peuple de la population, mais la souveraineté appartenait à ce peuple. Pour le chrétien, la dignité même de la personne humaine pose l’autorité entre ses mains par participation à l’autorité divine. C’est du reste ainsi que Moïse obtient de Dieu une aide pour guider le peuple de Dieu. Chaque tribu élit un représentant. Lorsque Saül est oint par Samuel, c’est parce que le peuple demande à Dieu un roi.

Pour répondre plus directement à votre question, Dieu suscitera, c’est ma conviction, un chef, mais celui-ci ne pourra pas ne pas s’appuyer sur un réseau actif et opérationnel de décideurs et de responsables parce qu’une fois encore gouverner ça ne s’improvise pas.

La gauche se sert du peuple pour parvenir à ses fins. A l’inverse le principe de subsidiarité que défend l’Eglise repose sur la dignité même du peuple constitué de personnes humaines. Cependant, cette responsabilité des personnes humaines suppose leur éducation au bien et à la liberté, au même titre qu’un bon prince.  A l’origine, les parlements représentaient, par leur droit de remontrance, cet avis éclairé du peuple formé. Peu à peu, et avec l’extension du royaume, des conseils privés faits de compétences particulières ont entouré le roi en vue de l’éclairer. En suite de quoi le roi tranchait dans la limite de ses prérogatives, très encadrées. Mais c’est précisément ce rôle de décision et de juge qui lui était délégué. Ce n’est pas pour rien que son attribut majeur était la main de justice. Du reste, dans la Bible, Dieu avait institué les juges qu’Il préférait aux rois. Ce fut, mais je m’éloigne du sujet, la force précisément des rois de France. Ils étaient justiciers et appréciés pour cela.

 

Cyril BRUN interrogé par Franck ABED
Propos recueillis le 18 novembre 2015