Le retour du changement

La gauche en France, le changement cent ans déjà !

 

François Hollande a construit sa campagne, comme tout nouveau candidat souhaitant incarner la rupture, sur « le changement ». Moi, président, je changerai… Mais quelle idée nouvelle a mis en avant le nouveau président ? Une idée neuve d’il y a cent ans : le combat laïcard incarné par Jules Ferry. Les forces de progrès sont à bout de souffle, elles tentent péniblement de faire du neuf avec du vieux.

Chaque nouveau président, par un hommage inaugural donne le ton de son mandat dans les heures qui suivent sa nomination. Monsieur Hollande aime les symboles. Quel sens faut-il donc voir à ce double hommage, tiré des profondeurs sombres de l’histoire ? A la différence du Guy Môquet de Nicolas Sarkozy, l’allégeance à Jules Ferry constitue un véritable programme politique, en même temps qu’une belle illustration du style gaffeur du nouveau locataire de l’Elysée.

Le candidat socialiste avait clairement dit, pendant la campagne, sa préférence pour l’école républicaine. Par cet hommage, il en fait un fondement majeur du quinquennat. Rien d’étonnant à cela... La gauche sait que manipuler les jeunes esprits constitue son principal fonds de commerce. L’école de la République représente pour elle un enjeu idéologique et politique considérable. Le succès de l’école libre, dont le développement, souhaité par une part croissante de la population face à l’échec de l’Education nationale, est freiné par les lois Debré, représente en effet un risque majeur pour l’avenir des idéologies de gauche. L’école libre, c’est pour les parents la garantie d’un choix alternatif, ce que les socialistes ne pourront jamais admettre, tant par principe que par stratégie. Le combat de l’école républicaine est fondamental pour l’avenir de la gauche, qui ne survit que grâce à elle. Jules Ferry le savait. François Hollande, enfin ses conseillers, aussi. D’où la volonté de « renégocier » le forfait communal, par exemple.

Mais Jules Ferry, c’est aussi tout le combat anticlérical incarné par la violence de ses décisions autour des lois scolaires de 1879 à 1883 : quand il chasse les congrégations religieuses enseignantes (loi du 29 mars 1880), c’est un peu un précurseur de la loi de 1905. Une loi que Monsieur Hollande veut faire entrer dans la Constitution. Subtile proposition qui mettrait à bas tous les amendements et la jurisprudence qui ont peu à peu assouplis cette loi liberticide. L’ennemi de la gauche redevient donc les Eglises, les religions, enfin certaines. 93 % des musulmans ayant, paraît-il, voté pour le candidat du changement, il sera difficile au président, célébré par mille drapeaux place de la Bastille, de trop les mécontenter. Après avoir chargé, tel le bouc émissaire, le candidat sortant, un nouvel ennemi est désigné : les religions chrétiennes et leurs Eglises. Il est plus facile de faire l’unité contre que pour. Ceci d’autant plus que ces politiques de destruction ne coûtent rien. Grand avantage quand on n’a pas les moyens d’une politique économique et sociale intenable et irréaliste.

L’allégeance à Jules Ferry est une véritable déclaration de guerre à l’école libre et aux Eglises. Il n’est sans doute pas hasardeux que le premier conseil des ministres se soit tenu le jeudi de l’Ascension. La provocation vaut les repas au foie gras du Vendredi Saint des francs-maçons. Jules Ferry ne lâchait-il pas à Jean Jaurès, « Mon but, c’est d’organiser l’humanité sans Dieu et sans Roi. »  (Discours parlementaires, Jean Jaurès, 1904).

 

Oui mais voilà, Jules Ferry c’est aussi…ce discours à l’assemblée nationale du 28 juillet 1885  « Voilà, messieurs, la thèse ; je n'hésite pas à dire que ce n'est pas de la politique, cela, ni de l'histoire : c'est de la métaphysique politique... et je vous défie – permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan –, de soutenir jusqu'au bout votre thèse, qui repose sur l'égalité, la liberté, l'indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu'au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l'expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.  [] Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... »

La gaffe…. qu’il va bien falloir porter. ! Tout comme il va falloir expliquer aux écologistes, le choix de Marie Curie, arrière-grand-mère du nucléaire. Le symbole féministe serait-il à double face ? Les écologistes devraient s’en apercevoir bientôt, tout comme les Français se sont rendus compte déjà de l’intégrité de la parole de M. Hollande sur l’absence de casier judiciaire de ses ministres ou le retrait des troupes d’Afghanistan.

Monsieur Hollande utilisera-t-il les mêmes méthodes, illégales, abusives et violentes que son antique mentor ? La gauche a-t-elle donc si peur de l’école libre et des valeurs chrétiennes ? Craint-elle donc le réveil des jeunes générations ?

Les chrétiens et hommes de bonne volonté vont-ils voir et comprendre cette déclaration de guerre, qui est aussi un aveu de faiblesse ? Ne laissons pas le gouvernement actuel nous intimider. Il n’en a pas les moyens et il le sait. L’élection de François Hollande est fragile, les législatives seront difficiles et le peuple qui l’a rejeté à  52% déjà ne le suit pas.

Oui cette élection est historique. La force de progrès qui nous vend le changement fait en réalité reculer la France de plus d’un siècle. Voilà les idées neuves de la gauche de France, la plus archaïque du monde. Arc-boutée sur ses archaïsmes idéologiques, cette gauche fort éloignée de ce qui devrait être sa priorité, l’attention aux pauvres, masque son incapacité à faire face au monde réel, non seulement en niant la crise économique, mais également en livrant un combat d’arrière-garde, : en resserrant l’étau sur les libertés, c’est bien à la dignité de l’homme que les socialistes veulent s’attaquer.

Ne nous y trompons pas, s’en prendre à l’école libre et aux Eglises, seuls défenseurs des libertés, est le passage obligé pour que les lois sociétales destructrices qui s’annoncent perdurent. Nous sommes le seul véritable obstacle à ce recul de civilisation, incarnée par ce bond, cent ans en arrière, du combat socialiste.

Puissent les Eglises et leurs représentants, ainsi que les responsables des écoles libres ne pas négliger ou mépriser ce signal fort du président Hollande, puissent-elles se préparer à entrer en résistance, comme ils le firent avec succès en 1984, dernière tentative en date de passage en force de la gauche et d’enfermement des consciences.

Cyril Brun pour  Résistance éthique