Laissons la transgression aux transgresseurs !

Laissons la transgression aux transgresseurs !

12/06/2013

Un mot d’ordre se met en place petit à petit dans la mouvance opposée au mariage gay. Transgresser ! Par là on invite à refuser les lois iniques et se révolter contre l’ordre qui tente de s’établir. Pourtant, à y regarder de plus près cette expression pourrait se placer à contre-courant de la réalité qu’elle défend. Tout est une question de vocabulaire et de perception médiatique. Derrière cette transgression il faut entendre en effet, l’appel à se mettre en marge de certaines lois de la république comme l’incitation à rester dans le droit chemin de notre conscience et de la loi naturelle que ces lois transgressent !

Une simple question de vocabulaire direz-vous ? Non c’est une véritable inversion des rôles qui risque de nous mettre en porte-à-faux avec le sens même de cette démarche. Ceux qui se mobilisent aujourd’hui n’entendent pas d’abord s’opposer aux lois en vigueur. Ce ne sont pas des anarchistes. Ils sont là pour défendre et promouvoir notre civilisation fondée sur la dignité humaine véritable, c’est-à-dire entre autre en accord avec la loi naturelle. Ce sont ces lois nouvelles qui sont transgressives et empêchent l’Homme de vivre et grandir selon un ordre supérieur et naturel.

Se poser en transgresseurs, sans autre précision de vocabulaire, c’est inverser le sens naturel du courant et entretenir l’idéologie marxiste du rapport de force. Le mouvement anti-mariage pour tous ne souhaite pas faire reculer le gouvernement pour imposer une vision parmi d’autres, mais entend résister à une transgression de la loi naturelle que veut imposer, selon le modèle marxiste de la justice, une mouvance ultra minoritaire. Et de ce point de vue, il s’agit alors bien de transgresser au sens étymologique, c’est-à-dire « aller au-delà ». Ce qui se comprend donc comme « au-delà des cadres restrictifs et étroits » que cherche à imposer cette vague de lois qui s’annonce.

User de cette terminologie, sans pointer l’inversion des transgressions réelles, risque de donner sémantiquement raison aux forces de l’ordre par une forme d’acceptation tacite d’un état de fait illégitime. Aussi, d’un certain point de vue, résister ou défendre met davantage en lumière cet ordre naturel qui justement précède la transgression inique. Mais résister ou défendre nous laisse sur une posture mentale et médiatique tout aussi étroite parce qu’elle laisse entendre un retour en arrière alors même que ce que souhaitent les résistants comme les transgresseurs c’est aller au-delà de cet avilissement de l’Homme organisé par la loi et qui précisément l’étouffe dans des limites plus étroites que sa réalité profonde.

Si, de fait aujourd’hui nous sommes dans une dynamique de résistance éthique à une transgression de la loi naturelle, de cette résistance doit aussi naitre une véritable promotion de la loi naturelle qu’il convient de remettre à l’honneur. Finalement qu’il s’agisse d’un appel à la transgression ou à la résistance, le combat et l’objectif sont les mêmes. C’est une dynamique de promotion de l’Homme, qui passe par la transgression comme par la résistance, mais qui doit toujours nous placer dans la continuité légale et naturelle en même temps qu’elle souligne l’illégitimité de ces lois imposées de façon bien peu démocratique.

 

Cyril Brun

article paru sur Nouvelles de France