La démocratie en danger

La lente agonie de la démocratie

 

25/01/2013 

Alors que des dizaines de questions sont en suspens, alors que la pensée politique d’aujourd’hui a besoin d’être nourrie d’un nouveau souffle, alors que l’urgence nous presse de prendre le taureau par les cornes et que nous aimerions enfin pouvoir œuvrer sur des sujets de fond, une nouvelle urgence nous presse et conditionne toute les autres actions que nous pourrions mener. La démocratie entre en agonie !

C’est indéniable mais personne ne dit rien ou presque. Il faut dire que malgré les apparences, la démocratie en France comme partout en Occident, on ne sait pas vraiment ce que c’est. Il est courant d’entendre le concert des démocraties voler au secours des libertés opprimées. Pour expliquer ce qu’est une démocratie les penseurs post révolutionnaires se réfèrent bien maladroitement à l’Athènes classique. Ils ne se soucient guère de savoir si le système athénien est bien le modèle de nos démocraties, tant l’image commune en fait l’archétype de cette forme de gouvernement. Quant à Rome, la comparaison serait trop ressemblante avec l’agonie de notre système actuel !

Il faut bien dire que la démocratie n’a jamais vraiment pu s’installer en Occident. Aussi les ultimes affres de notre régime politique ne sont-ils que la fin d’une lente dérive inhérente pour partie à la nature humaine. Parler de démocratie c’est avant tout parler du peuple et du pouvoir et ensuite seulement du pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple ? Pour l’Athènes modèle ce sont les citoyens athéniens majeurs de sexe masculin et libres. A Rome, avec une évolution séculaire quant à l’origine géographique, la citoyenneté est juridique. Le peuple romain est l’ensemble des citoyens. La Révolution Française a donné naissance, pour sa part, à une démocratie censitaire. Le pouvoir n’était pas au peuple, mais à quelques personnes selon des critères financiers. Il fallut, par ailleurs, attendre 1944 pour que les femmes aient le droit de vote. Aujourd’hui encore, les mineurs ne votent pas. Sont-ils pour autant exclus du peuple ?

Nous voyons bien qu’il y a toujours eu une distance entre le peuple dans son ensemble et le peuple au pouvoir. De la même manière nous trouvons une distinction notable entre la population et le peuple. (Je n’utilise pas ici ‘peuple’ au sens de populace, mais bien au sens politique du terme.) La population est une entité quantitative qu’il faut qualifier. La population d’un quartier, d’un groupe social. Ainsi la population française ne s’identifie-t-elle pas au peuple français, tout comme la population romaine ne s’identifiait pas au Populus romanus. A côté de ce populus, il y avait les femmes, les enfants, les esclaves, les pérégrins etc. Au passage, la question du droit de vote aux étrangers relève de cette distinction. Il faut être en mesure de pouvoir définir le peuple français. Le débat sur le droit du sol et le droit du sang vise à établir, pour partie, cette distinction. Je n’entrerai pas ici dans ce débat qui n’est pas l’objet de mon propos. J’attirerai cependant l’attention sur un point. Quelle que soit sa qualification, le peuple se compose de personnes. Qu’il appartienne ou non au législateur de qualifier le peuple est certes un aspect de la question. Mais ce peuple sera toujours composé de personnes humaines. Aussi, pour parler de peuple et donc de démocratie, il faut en premier lieu parler de la personne humaine, parce que ce n’est pas le peuple qui exercera le pouvoir, mais l’ensemble des personnes humaines qui le composent et qui donc vont chacune personnellement poser un acte. Cet acte ne sera véritablement un acte humain que s’il est libre et responsable.

Ainsi, le peuple se compose de personnes posant des actes libres et responsables. Voilà pourquoi à Rome, comme à Athènes les esclaves et les femmes ne votaient pas. On les considérait comme dépendants d’un maître ou d’un mari. C’est pour cela également que les radicaux ont si longtemps refusé le droit de vote aux femmes qu’ils estimaient sous le joug des curés. C’est aussi le principe de la démocratie censitaire du XIXème siècle, comme de celle de l’Urbs. A Rome, les plus riches votaient les premiers car on considérait qu’ils avaient plus à perdre et donc plus à défendre. Leur propre intérêt les responsabilisait. C’est de fait un raisonnement qui peut se tenir et que l’on constate bien souvent. Lorsque les questions ne l’engagent pas, le peuple s’en désintéresse. Il faut qu’il se sente concerné pour descendre dans la rue. De la même façon, il faut qu’il ait l’impression que sa participation à la vie politique ait un véritable impact pour qu’il se mobilise.

Et cela est en parfaite cohérence avec le sens du mot pouvoir qui signifie « être en capacité ». Pour que le peuple, cet ensemble de personnes libres et responsables, soit effectivement responsable, il faut qu’il soit en capacité d’une part de poser des actes et d’autre part de les assumer, c’est-à-dire, au sens littéral, de pouvoir en répondre. Se pose alors d’autres questions fondamentales et préalables : à qui le peuple doit il répondre ? Comment peut-il poser un acte politique libre et responsable ? Que signifie pour le peuple d’être en capacité ? En capacité de quoi ?

Le peuple est responsable devant toute personne concernée par l’action qu’il entreprend, c’est-à-dire pas seulement devant ses pairs. Pour une décision concernant des étrangers, le peuple est responsable devant eux autant que devant ses concitoyens. Ainsi, l’action du président Hollande au Mali place-t-elle la France en situation de responsabilité non seulement vis-à-vis d’elle-même, mais du peuple malien et de toutes les conséquences collatérales que ce conflit engendrera.

 

Nous savons que pour prendre une décision responsable il faut être libre. La condition de la responsabilité est la liberté. Il faut être capable, avoir la possibilité, de choisir de poser ou non cet acte. Il n’y a pas de responsabilité sans liberté. Une personne manipulée n’est pas responsable des dégâts causés par ses actes. Pour que le peuple, c’est-à-dire ces personnes humaines, puisse être en capacité (avoir le pouvoir) de décider, de commander, de choisir, il faut nécessairement qu’il soit libre, entendons qu’il ait avant la capacité de décider, la capacité de discerner. Il est donc indispensable pour qu’il soit libre et responsable et qu’il puisse exercer son pouvoir, qu’il ait accès à la vérité.

Ainsi la démocratie est-elle la capacité pour le peuple de prendre des décisions libres dont il pourra répondre. Et cette capacité repose sur l’accès à la vérité et la recherche du bien.

Or depuis que la démocratie existe, l’accès à la vérité et la recherche du bien sont biaisés. Pour parvenir à leur fins les consuls de Rome truquaient les auspices, les sénateurs imposaient à leurs clients de voter comme un seul homme (comme le PS aujourd’hui du reste). L’histoire de France des deux derniers siècles est noire de ces manipulations, rétentions d’informations des politiques et des lobbys. On objectera que les dictatures, les monarchies ont pu faire de même. Certes, mais mon propos n’est pas de condamner un régime ou un autre. Il s’agit de montrer l’hypocrisie d’un système qui sous couvert de démocratie fait de la démagocratie.

Il est un fait qu’aujourd’hui plus que jamais nous pourrions avoir une véritable démocratie. Les possibilités qu’offrent les moyens de communication et d‘information, la capacité que nous pourrions développer pour former nos enfants sont autant d’atouts pour une démocratie fondée sur la vérité et la responsabilité. Malheureusement, ces atouts sont aujourd’hui des adversaires redoutables de la démocratie et le parti au pouvoir actuellement en fait un usage terrifiant.

Le peuple, les personnes humaines qui le composent, ne sont plus libres de penser par elles-mêmes tant les médias et la désinformation imposent, par une charia (La charia socialiste !) la pensée unique. La majorité absolue du parti socialiste le dédouane de toute responsabilité, au sens strict. Ses représentants  refusent de répondre à ceux qui pourtant ont la vérité du pouvoir, mais qui de fait en sont privés.

Nous pourrions trouver des centaines d’abus de pouvoirs et de déni de démocratie de l’équipe Hollande. Ils reposent tous sur le mensonge et la privation du droit fondamental du peuple à la vérité et à la responsabilité.

La démocratie est sur son lit d’agonie et c’est à un corps médical totalitaire que sa santé est confiée. Image tragique et cynique qu’il faut révéler au grand jour. Si le malade continue à être ainsi peu à peu empoisonné, euthanasié, alors il se pourrait bien que le réveil du peuple soit douloureux et violent.

Cyril Brun