Et Maintenant ?

Et maintenant ?

29 septembre 2013

 

 

Suite à ma dernière tribune, la question récurrente fut : c’est bien joli tout ça… Et maintenant ? C’est la question que tout le monde se pose. Je pourrai y répondre en renvoyant à mon dernier livre  Le Printemps français, le grand réveil de notre civilisation  (Le Printemps Français 2013 !). La gauche au pouvoir, aidé par l’ensemble de la droite de l’opposition met les bouchées doubles dans la destruction des piliers de notre civilisation. J’entends déjà fuser les invectives de toutes parts contre de tels propos. Mais je réaffirme ce que je disais l’an dernier (Droite gauche, le nouveau clivage) : les clivages gauche, droite ont changé et l’ensemble de l’échiquier politique actuel est à gauche d’une ligne de démarcation fondamentale qui passe par la vérité anthropologique. Le clivage droite, gauche traditionnel n’existe plus depuis longtemps et ce phénomène ne fait que s’accélérer. Quand nous voyons que le fauteuil sénatorial de Victor Hugo se trouvait à l’époque à l’extrême gauche (l’avant dernier si ma mémoire est bonne) nous pouvons mesurer l’évolution, la révolution de notre pensée politique.  Or aujourd’hui la césure politique passe par la réponse à cette question fondamentale : qui est l’Homme ? C’est autour de lui, l’homme véritable, et non l’ersatz que l’on est en train de nous fabriquer, que se cristallisent désormais tous les débats politiques. Quelle que soit la réponse apportée à cette question (plus sociale, plus libérale, etc.), il y a désormais ceux qui respectent l’Homme et sa vérité propre et ceux qui veulent s’affranchir des contingences du réel. Il est illusoire de penser aider l’Homme à être heureux en inventant un homme nouveau créé de toutes pièces dans l’imaginaire adolescent d’idéologues en éternelle crise existentielle. C’est vouloir soigner un malade en le remplaçant par un robot. Il y a urgence aujourd’hui à défendre l’Homme et à le restaurer dans sa vérité propre. Il y a urgence, mais surtout il n’y a pas d’autre issue pour lui.

Concrètement qu’est-ce que cela veut dire ? Avant tout autre chose, rompre avec l’à peu près et les compromissions du monde actuel. Ces compromissions, ces acceptations passives d’une situation de fait entretiennent le mal-être général, contribuent à brouiller le vrai visage de l’homme enfoui sous un amas de guenilles. Il faut donc continuer à faire bloc et masse pour refuser le rouleau compresseur des lois Taubira, Peillon et demain la réforme du système de santé de Marisol Touraine. Pour ce faire, la première des choses est de tous mettre un genou en terre avec humilité pour cesser nos divisions mortifères et se demander pardon mutuellement de nos volontés captatrices, de l’orgueil qui nous fait croire être meilleurs que les autres de notre propre camp. Nous avons besoin pour notre mouvement de plus d’humilité dans nos rapports les uns avec les autres, de plus de disponibilité au service. Tout l’été et depuis le printemps nous avons assisté aux coups bas, aux ostracismes, aux calomnies, aux tentatives de récupération affectives, aux menaces, aux démissions, aux mensonges, aux manipulations à l’intérieur même de notre grande armée. Le résultat est d’une violence sans appel. La confiance  tend à s’effriter, l’esprit de chapelle fait son retour, notre combat marque le pas.

Voilà pourquoi, déjà à ce niveau, avant même l’action politique qui sera indispensable et très vite, tous les acteurs que nous sommes, du plus humbles au plus en vue, nous devons dépasser nos querelles avec plus d’humilité et d’abnégation. Nous ne servons pas tel ou tel mouvement, ni telle ou telle figure, mais l’Homme. Tous les mouvements préexistants ou nés de La Manif ont échoué. Un esprit partisan a parfois refait surface. C’est une lourde responsabilité qui pèse dans la pause actuelle de notre mobilisation. Responsabilité dont il serait bon de tirer les conclusions par un acte d’humilité collectif et d’unité. La situation exige désormais des actes forts. Si nous continuons à stagner, nous démobiliserons et le cours de l’Histoire qui lui ne fait pas de pause nous entraînera bien loin, avant que nous ne soyons à nouveau capables de réagir.

La société civile s’est levée depuis un an. Mais pour les gens qui travaillent et qui ont une famille se lever est exigeant et demande une énergie titanesque. Les têtes de ce vaste mouvement par leur querelle et leurs atermoiements d’une certaine manière piétinent cet élan. Il est temps que ceux-là mêmes qui se sont levés reprennent en main leur mouvement et le dépase avant de pouvoir reprendre en main leur destin et l’avenir du pays. Car il faudra bien en passer par là. La grande force de ce large mouvement fut de transcender les courants. Cette force doit demeurer vive au service de l’Homme et non de structures. Nous avons les moyens de relever le défi. Nous comptons parmi nous les meilleurs intellectuels du pays. Le tiers des cadres des entreprises partagent nos convictions. Le socle rural du pays est notre force la plus abondante. Il nous reste à reprendre la direction de ce pays et c’est possible. Possible si la société civile l’accepte et reprend en main les cadres politiques et institutionnels de la nation, en dehors des partis et en marge du système. Partout où nous nous trouvons, nous pouvons nous investir en groupe et en nombre. Que ce soit dans l’école de nos enfants, aidés par de nombreuses structures désormais en place, dans le milieu associatif, notamment culturel, sportif, éducatif et caritatif, dans la formation pour soi ou pour les autres, en organisant, conférences et séminaires, en s’associant aux mouvements déjà existants, dans la santé en accompagnant les plus démunis ou encore dans la vie de la cité par l’adhésion aux différentes structures agissantes tant chrétiennes que laïques afin de les transformer de l’intérieur,  cela est possible si nous y allons à plusieurs. Dans la politique enfin par un vaste mouvement d’engagement hors des partis dans les élections locales ou européennes, nous pouvons encore nous affirmer. Mais tout cela n’est possible qu’à deux conditions. Rester unis au service de l’Homme dans la complémentarité de nos charismes et se former pour toujours mieux connaître et donc servir l’Homme.

En quoi tout cela est-il si difficile ? Agir là où l’on est, discerner sa compétence et son appel, s’entourer pour avancer à plusieurs n’est-ce pas le quotidien de chaque homme ? Il manque, il est vrai, un point d’unité. Un lieu qui soit comme la base arrière, la plateforme commune. Un lieu ressource tant spirituelle que pragmatique. Un lieu où tous nous pouvons nous reconnaître et qui respecte chacun. Un lieu qui symbolise l’unité et l’appartenance commune, où trouver l’entraide et le soutien tant humain que pratique pour s’engager, échanger, se former et se coordonner si besoin. Une structure où la liberté et la responsabilité respecte les spécificités locales, les charismes propres et, selon le principe de subsidiarité, soutienne à la demande les initiatives aussi diverses qu’uniques. Une structure qui ne soit pas l’agglomération d’autres structures ou d’individus, mais dont l’âme soit bel et bien l’engagement personnel de chacun tel qu’il est, là où il est et qui soit symbole visible de l’unité et du désir humble de servir.

 Cyril Brun