Droite gauche, le nouveau clivage

L’épicentre politique a changé et marginalise la gauche

26/04/2013

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Lorsqu’on visite l’hémicycle du palais du Luxembourg, on remarque, amusé, la petite plaque commémorative indiquant le fauteuil de Victor Hugo…. à l’extrême gauche. Depuis la Révolution Française, à un rythme plus ou moins lent, avec plus ou moins d’accélérations, le parlement français a vu son épicentre opérer une translation assez nette vers la gauche. Cette translation n’a pas pour autant permis à l’aile gauche de l’hémicycle de régner sans partage sur le pays, bien au contraire. En tout cas pas sur le papier. Car dans la réalité, ce sont bien les idées de gauche qui gouvernent de plus en plus le pays à quelques rares moments près. Nous avons en fait assisté à une nette coloration rougeâtre de la droite. Plusieurs causes expliquent cette nouvelle teinte bleu-cassé. En premier lieu la disparition quasi-totale des monarchistes. Absents des scrutins, absents de la sphère publique, marginalisés comme doux rêveurs, privés d’un prétendant sérieux (n’en déplaise aux deux camps), leur retrait de l’espace politique actif a d’un seul coup déplacé le curseur vers la gauche. Mais c’est surtout à une vaste propagande antifasciste, antilibérale, et internationaliste faite de grands poncifs infondés et d’intimidation que nous devons, par l’émergence du bien-pensant bobo, la demi-teinte de nos politiques de droite. Certes nous avons bien assisté à la tentative d’une droite décomplexée sous l’ère Sarkozy, mais jusque-là son succès semblait limité.   Nos hommes et surtout nos femmes de droite semblent particulièrement, en effet, apprécier le bariolé. Une demi-idée de droite mélangée à une demi-idée de gauche, ça ne fait guère qu’une fausse mauvaise idée du centre. Ceci est tellement vrai que l’UDI, parti refuge où indépendant vaut mieux qu’union (il faudra que l’on m’explique comment être indépendants et unis durablement) récupère tous ceux qui ne se reconnaissent ni à droite ni à gauche, sans vraiment se retrouver au centre. Plus que n’importe quelle mouvance politique, celle qui se trouve à l’épicentre est sujette à l’instabilité de l’ensemble de l’échiquier. L’UDI, si elle réussit à rassembler de fortes personnalités indépendantes qui refusent la tyrannie des blocs, n’en parvient pas moins à les unir, en témoigne la difficile (impossible ?) plateforme politique. On rentre à l’UDI parce que politiquement pour exister, il faut bien être quelque part ou parce qu’on est un rescapé du sabordage de François Bayrou. Condamnée au progrès, comme je l’ai dit ailleurs (La gauche condamnée), la gauche, avec sa pratique de la charia (La charia socialiste !) s’est vue contrainte de proposer incessamment du neuf, sans s’apercevoir qu’elle s’éloignait toujours davantage de ses idéaux de justice et de solidarité (justice et égalité). La droite, après avoir laissé aux rouges les medias, la culture et l’éducation, comme on laisse un os à ronger après la curée, n’a pas vu qu’elle donnait à ses opposants l’assurance de la victoire. Diabolisée, la France bleue a peu à peu renié ses convictions pour finir par se violacer, comme un cadavre en début de décomposition. Attirée par ce violet macabre qui n’imposait pas de sacrifier sa carrière à ses idées les plus radicales, une foultitude de faux centristes a fait le pari du grosse machine politique RPR devenu UMP pour lui donner sa couleur violet foncé, tandis qu’elle laissait à un centre tout aussi submergé après l’épisode Bayrou par l’absence de conviction le violet clair parfois légèrement rougi.

Et finalement on ne sait plus très bien où est la différence gauche/centre, centre/droite et pas davantage gauche/droite. Hormis l’extrême rouge, très vif et l’extrême bleu, très soutenu, la palette des couleurs politiques s’est affadie dans un violet rosé très monotone.

On a crû un temps que l’élection de François Hollande, avec ses « marqueurs de gauche », eux d’un rouge très vif et pour cause, signifiait un basculement de l’épicentre très nettement à gauche. Et des décennies de propagande sinistre combinées à une certaine dextérité dans la lâcheté ont laissé croire que tel était le fil inéluctable de l’Histoire.

Mais tout à coup, il y a le printemps 2013 et tout chavire ! Nous assistons, par le réveil de cette majorité silencieuse, écrasée depuis des décennies, à une redistribution des valeurs et… des couleurs. Désormais, le clivage n’est plus sur les questions dites sociales ou économiques, mais sur les fondements même de la civilisation. Sont considérés comme d’extrême droite, sans distinction, ceux qui sont pour une civilisation traditionnelle fondée sur la vérité anthropologique et la cohérence avec la nature. Et sont par conséquent jugés de gauche (mais pas d’extrême ceux-là) les tenants d’une nouvelle civilisation construite à bout de bras au-dessus ou en dehors de l’évidence du réel. D’un côté une civilisation bio, ancrée dans le réel et ses limites acceptées, et de l’autre, une ère artificielle fondée sur l’illusion et le déni de réalité.

Depuis des mois, des hommes de gauche et de droite se rendent comptent qu’ils ont les mêmes intérêts, la même vision de la société et de l’essentiel. C’est autour de cet essentiel que se fixe désormais le nouvel épicentre de la vie politique pulvérisant le traditionnel « droite/gauche socio-économique ». Comme en 1792, c’est bien autour  d’une vision différente de la civilisation que se rassemblent ou se déchirent les Français. Nos politiques, toutes mouvances confondues, ne semblent pas avoir pris la mesure de ce changement. Les primaires UMP à la mairie de Paris, la valse des candidats autour de la question du mariage pour tous, le montrent bien.

Mais en face, dans le peuple, c’est bien là que se trouve le clivage et c’est bien pour cela que des gens jusque-ici de droite feront tomber Nathalie Kosciusko-Morizet et d’autres déçus d’une fausse gauche, réclament la démission de François Hollande. Le personnel politique en place actuellement, s’il veut rester dans la course, devrait prendre acte d’un tel changement. Le peuple de France, quant à lui, s’il veut se faire entendre et trouver des représentants qui se battent pour leurs convictions profondes devrait lui aussi prendre conscience de ce revirement, car au fond, s’il descend si massivement dans la rue c’est bien pour cela ! A lui peut-être de trouver dans ses rangs ceux qui, d’un côté comme de l’autre, se battront pour eux et en leur nom. Une nouvelle donne, un nouvel échiquier, avec des couleurs plus tranchées, du rouge vif au bleu foncé, appellent un nouveau personnel politique de part et d’autre de ce nouvel épicentre qui n’est autre que l’Homme lui-même, vu à gauche comme un jouet irréel et à droite comme une valeur en prise sur le réel. Autour de ce clivage peuvent très bien se retrouver une droite sociale, une droite libérale, une droite nationale, une droite européenne. Mais toutes ces droites ne franchiront désormais plus la ligne la plus essentielle, celle qui protège l’Homme réel. Du reste, les récents sondages recensés dans le Valeurs Actuelles du 18 avril 2013 montrent que le peuple de France est majoritairement  de cette droite-là. Déconnectée du réel, la gauche (ancienne et nouvelle donne) s’est marginalisée, tandis que la droite, nouvelle version, celle du respect de l’Homme réel rassemblerait selon les thèmes 53 à 92 % des Français. Ce qui signifie qu’un programme politique fondé sur les valeurs traditionnelles respectant la dignité de l’Homme réel, et donc aussi sa fragilité, pourrait se traduire par un plébiscite du peuple.

 

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Cyril Brun