Des prophètes de Jéricho pour une politique de vérité et donc de charité

 




Nous ne le dirons jamais assez, nous sommes à une période charnière. Mais pour la première fois depuis peut-être 150 ans, nous catholiques, sommes des acteurs majeurs dans ce tournant. Nous sommes toutefois dans une posture nouvelle qui ne nous est guère familière, celle d’une minorité active contre le pouvoir ; une minorité, en outre, en butte avec une hostilité de principe d'une population dépassée et manipulée.


Nous devons en revanche prendre conscience que nous sommes entrés dans une période de labours tous azimuts, dont l’araire principale consiste à défendre la vérité et dénoncer le mensonge pour rendre la liberté. Car si la vérité rend libre, le mensonge rend esclave. Tel est le mal principal de notre civilisation.


Mais, pour ne pas demeurer stérile,  notre champ à moissonner doit élargir sa thématique. Si notre premier sillon fut celui du mariage pour tous, n’oublions pas qu’il n’est que la mauvaise herbe d’une terre en friche, laissée à l’abandon depuis bien longtemps et contaminée par de nombreux pesticides.  Or cette bonne terre envahie par les ronces n’est autre que la personne humaine. Voilà notre terre à soigner et labourer pour y planter un homme droit et vigoureux.


Cela dit, labourer tous azimuts ne signifie pas imposer la vérité. Admettons que c’est un équilibrisme auquel les catholiques ne sont  pas forcément habitués, tant nous avons du mal à faire s’embrasser vérité et charité. Pourtant, ce qui nous incombe est simple puisqu’il s’agit de retirer les mauvaises herbes et assainir cette terre infertile du fait des pesticides idéologiques en tous « genres ». Libre ensuite à chacun de la cultiver et d’y produire du bon fruit.


Pour la première fois depuis longtemps, l'action et l'impact des catholiques  sont  directement politiques et non seulement caritatifs ou sociaux. Même si défendre la vérité est une condition de la charité (ce que ne cesse de rappeler  Caritas in veritate).



Mais cela ne va pas de soi. Car  qui dit  obligation de vérité, dit obligation de formation. Et saint Pierre nous rappelle que nous devons rendre compte de notre foi.


Aussi, dans le monde actuel, sommes-nous appelés à un rôle de prophète. Nous devons dire et vivre ce que nous disons (telle est l’exigence de vérité). Et notre modèle n’est autre que celui de saint Jean-Baptiste qui crie dans le désert et aplanit les routes. Tel est l’objet de notre labour.

Et en ce sens, la politique est avant tout une  œuvre de charité, comme le répètent le catéchisme de l’Eglise Catholique ou  Populorom progressio et tous les pontifes récents. Une œuvre de charité qui, au passage, est soumise à indulgence ! (cf. manuel des indulgences)


Ce qui fait, prenons-en conscience, de la politique une œuvre de foi et impose un  enracinement spirituel ainsi qu’une conversion personnelle, afin de devenir serviteurs du Bien Commun et donc de la dignité humaine. L’homme politique, n’en doutons pas, n’est qu’un serviteur du Bien Commun. Or, le Bien Commun  suréminent, faut-il le rappeler, c’est  Dieu.



C’est dans cette dynamique que se situe La Manif pour tous (mais tant d’autres encore) lorsqu’elle fait de sa part du labour collectif, la volonté de redonner aux politiques les fondamentaux anthropologiques, pour sortir de la technique et revenir au sens.



Mais ce travail suppose un engagement de la base, car les politiques aujourd'hui fonctionnent par clientélisme. Aussi, pour que ce que les directions nationales de nos mouvements donnent à la tête soit fructueux, il faut que la base le demande (en faisant pression, en forçant les remontées, en allant voir les députés chez eux…). Ainsi, l’ensemble des labours porteront du fruit en leur temps.


Car ne nous trompons surtout pas d’objectif.  2017 n'est qu'une étape dans le labour général. Or il semble qu’il aveugle un peu trop ceux qui « préparent quelque chose ». Aussi, que chacun laboure où il le sent, où il le doit. Le service de la vérité est de soi un ferment d’unité.


Mais attention, l'entrisme aujourd'hui doit être prophétique. Ne mettons plus de lumières sous le boisseau. Le monde a soif de réponses et de réponses vraies. Comme prophètes, par nos paroles et notre vie, nous avons le devoir de donner au monde, « le chemin, la vérité et la vie ».

 

Si l’heure est au labour, il serait temps enfin de penser que si ces labours sont de nature différente et complémentaire, ils ne pourront donner le meilleur de leur fruit qu’en rendant effective cette complémentarité. Jusqu’à présent nos actions se juxtaposent plus qu’elles ne se complètent. Et il arrive que nous regorgions de certaines récoltes au détriment d’autres productions. Nous ne savons pas mutualiser parce que nous manquons de hauteur de vue. Tout le monde voudrait tout faire partout avec tout le monde. Au fond, nous croyons bien souvent tout savoir et être capables d’avoir un avis sur tout. Le résultat malheureux de cette méprise est de parcelliser nos champs de labours, tout en laissant des domaines essentiels en friches.

 

Soyons bien certains que la question de la GPA/PMA ne peut se traiter en dehors d’une certaine vision sur l’Europe ; que l’avenir de la famille dépend avant tout du projet global de société que nous avons, lequel ne peut exclure les questions économiques et identitaires.

A nous restreindre aux combats qui furent ceux de notre réveil, nous faisons le jeu de nos adversaires pour qui il n’est pas de vision globale de l’Homme et donc de la société. Nous favorisons les communautarismes et le relativisme en nous mettant sur leur propre terrain de jeu, celui du rapport de force.

 

Nous avons tout, absolument tout pour construire, non pas une alternance, mais une alternative, mais il nous manque aujourd’hui une chose fondamentale. Nous devons nous hisser à la dimension d’hommes d’Etat.

 

 Cyril Brun