2020, en attendant 2017

Le Printemps 2013 et après ? En attendant 2017 préparons pour 2020

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Paru sur le site Nouvelles de France

Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Ce sont ces premiers vers du poète qui me remontent à l’esprit lorsque je pense aux nombreux échanges amicaux et familiaux dont mes voyages me révèlent une France où se tisse comme une unité insaisissable et pourtant réelle. L’attente est là, la disponibilité commence elle aussi à se faire priorité, alors que la France s’enfonce dans un chaos léthargique, prémices froids d’une débâcle à venir.

Aboutissement d’une longue agonie, entamée déjà bien avant la césure révolutionnaire, le peuple de France est aujourd’hui éclaté, divisé, recroquevillé sur les privilèges des temps modernes que chacun a pu extorquer au pays sans guère se soucier de lui, pas plus que de ses compatriotes. Patchwork qui ne tient plus que par un certain autoritarisme centralisateur où la pensée unique a remplacé l’âme de toute une nation, la France est un champ de ruines livré aux plus offrants, comme aux grandes heures des biens nationaux.

Les « responsables politiques » devenus chefs de bandes se sont faits séducteurs, n’hésitent pas à se prostituer, eux et leur charge qu’ils achètent à prix d’or, le plus souvent aux frais du contribuable. Qui paye en effet les troupes socialistes de figurants venus en cars faire la claque à l’occasion des déplacements présidentiels ? France d’en haut, persuadée d’être l’élite, dominant une France d’en bas méprisée et avilie au nom d’un progrès qu’il faut être « évolué » pour comprendre, telle est la république de prédateurs que nous avons engendrée par la démission des véritables élites que la France, pourtant, sait encore engendrer.

Car cette élite, conspuée par les médiocres qui la redoutent, existe bel et bien. Mais tout a été fait pour la discréditer. Rétrogrades, ennemis du peuple, bourgeois, aristos, tenants de l’ordre moral, riches, intellectuels, tels sont, parmi une myriade, les sobriquets réducteurs qui ont peu à peu lassé cette élite au point de l’éclipser de la scène politique, médiatique et culturelle, gardant « pour elle et les siens » ce trésor pourtant fait pour tous.

Il existe, en effet, en France une force traditionnelle qui constitue la véritable élite et qui pourtant n’ose pas s’avouer telle, par humilité pour certains, par honte pour d’autres, par ignorance enfin pour beaucoup qui n’imaginent pas que ce qui est pour eux ordinaire ne l’est, à l’échelon national, pas tant que ça. Pourtant, c’est bien cette France-là qui s’est levée au printemps 2013. Parce qu’une élite n’est pas d’abord financière ou intellectuelle. Ce n’est pas être un apparatchik qui constitue cette élite à la fois conspuée et pourtant recherchée par ces détracteurs mêmes.

L’élite n’est pas l’émanation de la culture bobo sans fondement. Cet élitisme est un héritage ancestral qui se fonde sur la sagesse au service de l’Homme véritable. Nous avons démontré depuis deux ans que cette élite était toujours vivante et dynamique, prenant de court les apparatchiks, censeurs auto proclamés du régime. Il me semble qu’il est temps, grand temps même, d’assumer ce rôle. Car si faire partie de l’élite est une chance, c’est avant tout un devoir de service. Ce que nous avons reçu, nous avons le devoir de le donner au monde. Et ce monde commence par le prochain qui passe devant notre porte plus ou moins close, sans même savoir que derrière ces murailles défensives hérissées par des décennies d’agression se terre un trésor qui peut changer leur vie.

Il se trouve, ne nous le cachons pas, que toutes ces familles traditionnelles qui ont maintenu dans leurs veines ce sang précieux de la sagesse, cette vision de l’Homme et de son absolu, il se trouve qu’elles ont cette capacité de responsabilité qui leur échoie par héritage. Or il y a là un potentiel formidable de reconquête par le service. Et ceci n’est pas une option, c’est une obligation morale. Nous avons le devoir de sortir du bois, comme nous l’avons fait depuis 2013. Nous sommes tenus, en vertu même de cet héritage qui nous incombe, d’assumer ce rôle d’élite et de partir à l’assaut de tous les postes de responsabilité qui se présentent à nous.

Préserver sa famille, fonder des lieux de ressourcement et de formation sur mesure et nécessaires ne suffit plus. Il convient à présent d’assumer dans le pays les responsabilités qui nous incombent par devoir, tradition et héritage moral. Mais conquérir un poste de responsabilité dans le pays c’est tout aussi bien présider une association d’entraide qu’être sénateur, conseiller politique, militaire ou ministre.

Que mes amis engagés à ce niveau me pardonnent, mais nous nous trompons d’échéance en nous focalisant sur 2017. Non qu’il faille ignorer les présidentielles, mais il faut les mettre en perspective d’une dynamique bien plus vaste et forcément plus longue en même temps que plus immédiate pour nous. Dans le jeu politique actuel, souvent mal connu de ces élites traditionnelles, le coureur de fond n’est pas forcément celui qui l’emporte. Qui sait attendre son heure et profiter d’une opportunité a plus de chance de monter sur le podium. Il suffit de penser à François Hollande, devenu incontournable sans rien faire, en laissant les autres se déchirer ; Manuel Valls ne représentant rien dans son parti ; Nicolas Sarkozy qui étouffe les autres et ainsi de suite. Le temps politique de la cinquième République finissante est d’à peine quinze jours. Celui qui sait jouer sa carte dans ces quinze jours l’emporte. Alors faire des pronostics pour 2017 est aussi peu fiable que de confier son sort à une cartomancière. Si François Hollande dissout l’assemblée nationale après des régionales désastreuses pour le PS, il met la droite en échec politique car en un an elle ne pourra rien faire, de sorte qu’aucun des gros candidats de droite ne voudra de Matignon. La seule alternative à droite est de refuser le pouvoir et ainsi de perdre sa crédibilité. Et Hollande signera un nouveau bail de cinq ans, sauf imprévu majeur, comme une victoire militaire du premier ministre en poste.

Nous sommes là dans un jeu de dupes que nous ne maitrisons pas et qui ne correspond pas à la vocation de l’élite traditionnelle qui, de ce fait, a démissionné progressivement quoique pas totalement. Notre aire de jeu, à nous, se situe à la base. L’élite que nous représentons est une élite locale pour une vision de l’Homme à taille humaine. Ce réalisme pragmatique qui fait considérer chaque être humain pour lui-même et non comme un pion interchangeable, un matricule perdu parmi d’autres millions, est impossible au plan national sans un maillage, une irrigation locale au plus proche des personnes.

N’ayons pas peur des mots, ne nous effrayons pas de ce que nous sommes et assumons notre vocation d’élite locale, à l’image de ces notables d’autrefois tant honnis (et pour cause) par le régime moribond qui a tenté sans succès de les remplacer.

Alors que faire ? Ne pas avoir peur de vouloir le pouvoir, non pour lui-même, mais pour servir la cause fondamentale de la dignité humaine. Sortir d’une fausse modestie se défiant du pouvoir comme d’un péché. Briguer les postes à responsabilité, chacun à sa mesure, car celui qui est à la tête d’une structure est tout autant un modèle, un exemple, qu’une source d’influence. Nous devons faire la preuve de notre compétence. En assumant des fonctions associatives, caritatives et autres engagements, avec succès, nous devenons crédibles pour prétendre aux charges électives. Ainsi, il n’est pas trop tard pour s’engager en vue, non de 2017, mais de 2020. Notre échéance, celle qui nous correspond, celle qui nous attend par vocation, ce sont les municipales. Car au-delà ce sont les sénatoriales puis les différentes instances régionales. Ces trois niveaux sont faits pour nous par vocation même. Ils correspondent à l’esprit de subsidiarité et de responsabilité qui anime cette élite en plein réveil.

Aussi, demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, il nous appartient de prendre toutes les responsabilités à notre portée pour être des candidats crédibles en 2020. Chacun dans sa commune, son canton et au-delà peut s’organiser par avance en vue de cette échéance. Du succès des entreprises des uns et des autres, entre demain dès l’aube et 2020, dépendra le résultat de ces municipales. Il est plus aisé d’être reconnu compétent et crédible par son action enracinée que par une campagne électorale sortie de nulle part. Bien entendu, les petites et moyennes communes sont plus accessibles que les métropoles, dans la mesure où ces dernières répondent aux stratégies nationales de pouvoir.

Sur 36000 communes ainsi encerclées, nous en aurons bien quelques milliers, qui feront autant de grands électeurs, lesquels nous permettront de transformer l’essai aux sénatoriales et ainsi d’amorcer une nouvelle dynamique politique, fondée non sur l’appartenance à un parti politique, mais sur une assise territoriale concrète et de convictions.

Nous sommes (cette élite locale en réveil) encore trop marqués par le régime des partis. Que ce soit en voulant adhérer à l’un ou l’autre ou en rejetant toute appartenance politique, nous nous laissons encore guider par les règles du jeu imposées par l’oligarchie de ces mêmes partis. Revenons au bon sens, cœur de nos convictions, de nos engagements. Retrouvons le chemin du monde réel en commençant par nous occuper des hommes et des femmes qui sont notre prochain familial mais aussi territorial.

Le seul critère politique qui vaille reste et demeure la dignité humaine dans son intégralité. Encore faut-il être d’accord sur cette dignité. C’est précisément la force du mouvement qui s’est levé en 2013 que d’avoir réuni des millions de personnes sur une commune vision de la dignité humaine. Qu’importe dès lors la gauche ou la droite ! Si la vision est juste elle guidera les décisions et décidera des moyens. La rupture droite gauche est idéologique et stérile. La rupture que nous proposons est anthropologique et universelle.

Aussi, demain dès l’aube avons-nous le devoir de chercher ce lieu d’engagement qui nous est propre et par lequel nous serons chacun un maillon responsable et prophétique au service de la cité, de la famille, de la vie, bref de l’Homme.

Il est cependant certain que le sentiment d’appartenir à une dynamique plus large est tout à la fois un soutien et un fédérateur. Un soutien dans l’épreuve, dans les difficultés, mais aussi dans l’échange d’expérience et d’initiatives ; un fédérateur dans l’action, dans l’unité de celle-ci (et non l’uniformité) mais également dans le poids cumulé des initiatives de chacun et la mutualisation des moyens et des personnes. Nous sommes tellement éclatés que nous nous épuisons parfois à tout faire dans notre coin, au risque de doublons inutiles et à l’occasion conflictuels. A l’inverse, nous pouvons nous décourager par défauts de moyens qui peuvent pourtant abonder chez le voisin que nous ne connaissons pas. La Manif pour tous a créé l’étincelle de sursaut en allumant la mèche qui parcourt aujourd’hui la France entière. Plusieurs initiatives ont vu le jour pour influencer la politique nationale, pour former les différents acteurs socio-politiques, pour créer des réseaux aux fonctions diverses, pour alimenter enfin un corpus intellectuel à visée politique. Tout cela doit nourrir les troupes de cadres que constituent ces élites traditionnelles. Sans attendre l’arrivée, pour l’heure hypothétique, d’un homme providentiel, ces dernières doivent, personnellement à présent, entrer dans l’arène hic et nunc, pour tisser sur le pays ce maillage de futurs cadres dont la France a besoin.

Que cela nécessite un minimum d’organisation est évident. Mais pour être conforme à la vocation même de cette élite et à sa mission locale, il faut que la structure même de cette mise en place soit subsidiaire. C’est à l’initiative locale de se coordonner et aux initiatives locales entre elles à se fédérer comme un réseau d’entraide et d’estime mutuelle. Qu’une personne d’Arzano prenne l’initiative de réunir les personnes qui lui semblent tentées par l’aventure et qu’ils avancent ensemble vers 2020, compte tenu des impératifs et des particularités locales. Il ne s’agit nullement de faire un camp des saints breton, mais d’être l’âme qui irriguera la vie locale, comme le sang donne vie au corps. Qu’un autre fasse de même Paimpol ou Brest et qu’ensuite les bretons se fédèrent. Pareillement à Biviers ou Meylan puis de là en Dauphiné, en Normandie et que ces Provinces se fédèrent et se structurent pour se servir et soutenir. Qu’en aucun cas des ordres tombent d’en haut pour ne plus voir qu’une seule tête aux couleurs jacobines de la centralisation sans identité ni dignité humaine. Il s’agit de créer une force centrifuge par un sentiment d’appartenance, ce sentiment né des manifs et que tant de mouvements (même de chez nous) voudraient récupérer à leur compte.

A l’heure actuelle, peu importe encore la vision en terme de régime politique, ou de stratégie nationale. Il nous faut en revanche une armée de cadres en qui le peuple puisse croire et avoir confiance

Quelle que soit l’analyse qui se puisse faire de l’état du pays, quel que soit le scenario catastrophe que nous pouvons imaginer, deux choses sont inévitables. En cas de crise violente ce qui demeurera sera le pouvoir local, et celui qui incarnera la confiance ou le salut dans son fief en sera le maître. Par ailleurs, aucune alternative politique réussie ne peut faire table rase du passé. Il faut un tuilage des cadres anciens et des nouveaux. Il est illusoire de croire que nous pourrons tout reprendre à frais nouveau avec un personnel politique neuf et forcément sans expérience. La catastrophique équipe gouvernementale socialiste devrait suffire à nous convaincre des effets de l’inexpérience couplée à l’ignorance.

Alors demain dès l’aube c’est à nous de battre la campagne, parce que 2020 non seulement est à notre portée, mais, inconsciemment, nous attend comme son espérance. Mais si nous laissons passer l’aube, il sera trop tard et le crépuscule pourrait bien nous sembler interminable.