Wagner, La folie de Parsifal

Le Mythe Parsifal

Le mythe Parsifal, l’énigme Parsifal, l’angoissant Parsifal. Quel qualificatif conviendrait le mieux à ce festival scénique sacré ? Sans doute les trois et pour des raisons très différentes. Mythe, parce qu’il l’est devenu avec le temps, mythe parce qu’énigmatique, mythe parce que controversé. Enigme parce que mythique, énigme parce qu’unique dans l’œuvre de Wagner, comme dans toute l’histoire de la musique. Angoissant parce que sa genèse et sa finalité nous plongent dans un abyme dramatiquement sans issue, angoissant parce qu’il entremêle avec l’excellence du poète, mythe et réalité au point que la frontière disparaît et entraîne au-delà du réel le public, ou… le fidèle au cœur d’une liturgie, non plus irréelle, mais surnaturelle.

La sobre emphase de la partition saisit dès les premières mesures l’auditeur, instantanément happé, comme phagocyté. Telle n’était pas l’ambition de Wagner ? Aujourd’hui encore, Parsifal conserve toute sa puissance énigmatique, mystérieuse et alimente la controverse. La vague anti chrétienne du milieu du XXème siècle a curieusement exacerbé les passions autour de l’œuvre. Grande question de nombre de wagnériens convaincus (jusque dans ses descendants, jusqu’à Bayreuth !), comment sauver la tradition wagnérienne du christianisme ? Curieux humour de l’histoire, Wagner qui voulait débarrasser le christianisme de sa « juiverie » avec cet accomplissement chrétien que constitue, pour lui Parsifal, subit une tentative similaire de déchristianisation de Parsifal. Dépouillé de sa référence christique, Parsifal n’est autre que l’accomplissement d’une maturation spirituelle et philosophique de Wagner, initiée avec le Vaisseau fantôme. Sans cette volonté d’en faire un acte liturgique fondateur, Parsifal est une interprétation parmi d’autres de la légende de Chrétien de Troyes, un conte philosophique initiatique.

Mais Wagner a sciemment voulu que Parsifal soit autre chose : rien moins qu’une nouvelle ère chrétienne, dont il serait le prophète. Il est donc compréhensible que cet opéra ne laisse pas indifférent, le musicien, l’interprète et le public. De fait, il existe autour de Parsifal les mêmes tensions que dans toutes les religions, entre les pharisiens et les autres, entre la lettre et l’esprit.