Le Chant des Templiers

Le chant des Templiers, la spiritualité du don paisible et amoureux

 

         Surpris, dérouté, pantois, incapable de se prononcer, c’est assurément la palette de sentiments qui anime l’auditeur à la première écoute du Chant des Templiers. L’impression est à la fois nouvelle et déroutante, mais une sensation de connu semble pourtant demeurer tout au long du déroulement de ce chant liturgique médiéval. Ce qui surprend, en définitive, c’est la synthèse harmonieuse des styles. Tout nous est connu au point que le mouvement naturel de l’auditeur est de s’accrocher aux lignes musicales dont il repère les canons internes. Mais cette accroche est sans cesse perturbée par d’autres lignes connues que l’oreille est tentée de suivre à son tour, sans y parvenir davantage. Il ne peut en être autrement, tellement le chant des Templiers unit en une originalité propre l’ensemble des traditions dont il s’inspire. Chevaliers francs emprunts de leur culture médiévale occidentale et chrétienne, entraînés par la liturgie latine grégorienne, ils vont s’inculturer à ce monde oriental, byzantin et arabe jusqu’à réussir une parfaite intégration qui se traduit dans leur chant puisé dans la tradition même du Saint Sépulcre. On a dit et on continue à dire bien des choses sur les Templiers, depuis que Philippe le Bel a cherché à les faire disparaître, mais il est bien possible que la réalité de leur identité se trouve dans ses quelques mesures retrouvées au château de Chantilly au XIXème siècle. C’est, du reste, ce qui peut encore laisser l’auditeur étranger ou hermétique à ce chant. Car même après s’être détaché de nos habitudes auditives, il reste une gêne. Nous pouvons aimer ou ne pas aimer, nous laisser porter au être rétifs, nous demeurons à la porte. La clef d’entrée, en même temps que de lecture se trouve pourtant dans l’intensité dramatique du chant qui porte à elle seule la spiritualité templière. Ce sont des hommes de Dieu, profondément amoureux de Dieu. Ils lui ont voué leur vie, par amour. Mais ce don de leur vie revêt une incroyable gravité, car chaque heure de la liturgie est peut être pour eux la dernière louange avant de voir le Père. Car leur vie ils l’ont donné à Dieu et ils sont prêts à la donner pour les hommes afin qu’ils puissent, dans la paix, avoir accès aux lieux saints et ainsi se rapprocher de Dieu. Le XIXème siècle en a fait anachroniquement des moines soldats, alors qu’ils sont réellement chevaliers de la paix, profondément attachés à l’amour de leur Seigneur et au rayonnement de cet amour. C’est cette incroyable puissance émotive et dramatique qui sous-tend toute cette liturgie, à la fois sobre et grave, précise et rigoureuse, où l’on sent le soldat serein, mais conscient des réalités qu’il attend. Dans cet ultime échange il se recueille, se tourne avec gravité et solennellement se remet une fois encore entre les mains de son Créateur avec abnégation et sérénité. Chant liturgique, mais aussi chant d’entrain pour le combat il est scandé comme une marche paisible et résolue. La puissance et la fermeté de la voix s’élevant dans un tempo lent et marqué accompagnent cette marche inexorable du soldat de Dieu face à son destin et que rien ne fera reculer. Aucune agressivité ne perce, bien au contraire c’est une paisible atmosphère de douceur qui monte du plus profond de leur voix.