Histoire de l'antiquité

Une théologie du martyre chez saint Cyprien de Carthage.

 

            Il m’est très vite apparu, au début de mes recherches sur saint Cyprien de Carthage, que le martyre avait une place importante dans son œuvre. Il est aisé de comprendre pourquoi dans le contexte de persécution qui était le sien. En tant que pasteur, il a le souci du salut de son troupeau et de la conservation de son Église. De nombreuses questions se posent à lui. Comment aider les chrétiens à tenir dans la persécution ? Comment gérer le retour à la paix et le cas des lapsi ? Comment les réintégrer dans l’Église sans risquer de fragiliser les autres fidèles lors d’une prochaine persécution ? Comment recevoir le fils prodigue sans ternir le mérite des confesseurs et des martyrs ? Comment récompenser le mérite des confesseurs tout en les maintenant à leur place face à certains abus qu’ils se croient autoriser à commettre? Et puis le martyre est aussi un problème personnel pour l’évêque en fuite lors de la première persécution. Qui est-il, lui qui a fui, face aux confesseurs qui ont tenu et tout perdu ?

            Le martyre est donc pour Cyprien une question concrète et d’actualité. Cyprien n’est pas un théologien de l’abstrait. Il cherche à répondre en pasteur à des cas concrets auxquels il est confronté. Le martyre en est un parmi d’autres. Toutefois, si l’évêque de Carthage est d’abord un pasteur pragmatique, il serait faux de ne pas voir en lui un réel théologien. Sa pensée est claire, très influencée par Tertullien, mais surtout très marquée par l’Écriture Sainte. C’est à partir d’elle qu’il justifie ses positions. En fin de compte, nous pouvons déceler chez lui une véritable théologie du martyre. Ses lettres, certains de ses traités, ne sont pas une simple exhortation à donner héroïquement sa vie pour le Christ, au fil des mots, il justifie le martyre et l’inscrit au cœur de ce qui est sa préoccupation première et ultime, le salut.

            Comme j’ai eu l’occasion de le dire en d’autres endroits, la clef de lecture cyprianique est, en effet, le salut et il est aisé de percevoir le lien entre martyre et salut. Aisé pour nous aujourd’hui, mais pas forcément au temps de Cyprien, d’où cette pensée construite qui fait du martyre un moyen de salut. Confronté aux problèmes que nous évoquions plus haut, Cyprien a étendu la notion de martyre au combat quotidien, faisant de ce combat un véritable martyre et par là un moyen de salut. C’est donc sur ces trois points, le salut, le martyre comme moyen de salut et le combat quotidien comme forme du martyre que je souhaite ouvrir quelques pistes de réflexion sur cette théologie du martyre chez saint Cyprien.

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