Pour renouveler en profondeur la société : le droit à la subsidiarité

Un véritable enjeu de société qui engage :

 

 Voici quelques pistes de réflexions....

 

 

 

  1. La      dignité de l’homme

 

Le concept de dignité de l’homme est généralement admis comme un des droits fondamentaux, mais cette dignité ne semble pas recouvrir la même acception pour tout le monde. Or la dignité de l’homme, puisée au cœur de l’image trinitaire, est le fondement le plus profond de la subsidiarité telle que l’Église l’envisage. Faire reconnaître et admettre la dignité de l’homme comme intrinsèque, et non en dépendance d’un système ou d’une plus value apportée à la société économique, nécessite une large prise de conscience de la valeur de l’homme et de la vie. C’est un lieu commun de dire que les droits les plus fondamentaux sont menacés. Dénoncer ne suffit visiblement pas face aux immenses intérêts économiques. Rééduquer l’homme à sa propre vérité ne risque-t-il pas de prendre plus de temps que la destruction des droits elle-même ? Jean-Paul II a passé l’essentiel de son pontificat dans ce combat. Quelles portes a-t-il ouvert ? Quelles portes sont encore fermées ? Où en sommes-nous ? Quel chemin faut-il encore parcourir [1] ?

 

  1. L’homme      dans l’entreprise

 

Enjeu délicat et sensible, la place de l’homme dans l’entreprise est plus que tout autre soumise aux conditions de rentabilité. Par endroit, il s’agit de totalement renverser le cours des choses. Comment passer d’un système qui exploite l’homme et nie sa responsabilité et son épanouissement personnel, à un système chrétien, sans ruiner l’entreprise et le système économique en place ? Où et comment trouver l’équilibre entre un engagement professionnel épanouissant et une vie privée protégée ? Comment donner à chacun la possibilité de faire fructifier ses talents et d’apporter sa pierre à l’édifice dans une entreprise de plus en plus anonyme où les actionnaires (partenaires nécessaires) exigent et espèrent un rendement optimum ? Comment engager ici un processus de subsidiarité ? Quel est le corps supérieur dans l’entreprise[2] ? L’entreprise peut-elle fonctionner selon le principe de subsidiarité [3]? Derrière cela se trouve la question de la nature de l’entreprise et de sa place dans le Bien Commun.

 

  1. L’agriculture

 

De nature délicate et souvent polémique, la gestion de l’agriculture pose clairement la question de la subsidiarité. La Politique Agricole Commune (PAC) est précisément un contre-exemple de subsidiarité puisqu’elle repose sur une législation venue d’en haut et une conception financière de l’aide. Il ne s’agit pas là d’aider le niveau inférieur à réaliser ce qui n’est pas de sa compétence, mais de planifier d’en haut une maîtrise de l’agriculture pour éviter surproduction, chute des prix ou raréfaction des produits. Est-il possible de quitter une planification handicapante sans risquer un effondrement du monde agricole ? Comment gérer qualité et quantité sans un recours autoritaire à l’Etat ?

Entre les travaux d’instituts comme l’INRA qui visent à améliorer qualité et rendements, les exigences des grandes surfaces qui veulent rentabiliser leurs investissements et les agriculteurs confrontés aux impératifs financiers et aux exigences des consommateurs et des grandes surfaces, ne sommes-nous pas en train de nous éloigner de la subsidiarité primaire au profit d’un imbroglio d’intérêts, image d’un monde déconnecté du Bien Commun le plus élémentaire ?

 

  1. L’éducation

 

De plus en plus, parler de la subsidiarité nous ramène à l’éducation. Dans un système en crise, les parents se rappellent qu’ils sont les premiers éducateurs et revendiquent ce droit. Mais comment maîtriser l’éducation de ses enfants dans un système totalisant et aussi anonyme que peut l’être l’Éducation Nationale en France qui tend à exercer un quasi monopole ? Ouvert à toutes les critiques, le système, souvent considéré et parfois conçu comme un diffuseur du bien-pensant ambiant, n’en finit pas de sombrer dans la crise ; d’auxiliaire des parents, il devient une machine au passage obligé et normalisant. Comment les parents peuvent-ils retrouver ce droit à l’éducation de leurs enfants dans cette situation de quasi monopole ? Sommes-nous toujours responsables de nos choix quand ceux-ci sont limités ? Comment replacer l’éducation scolaire dans l’ensemble de l’éducation intégrale de l’enfant ? Comment proposer une alternative aux parents pour les aider à redevenir les vrais maîtres de l’éducation ? Cela suppose peut-être une question préalable : qu’est-ce qu’éduquer ? Est-ce simplement enseigner, dispenser un savoir ? Qu’est-ce qui, dans l’éducation, est du strict domaine des parents ? À quoi la subsidiarité s’étend-elle ? Devons-nous souhaiter un ministère de l‘instruction publique ou de l’Éducation Nationale ?

 

  1. Vers      un fonctionnement chrétien de l’économie

 

Énorme difficulté s’il en est ! Même si nous avions un programme d’action précis, même s’il y avait une volonté unanime de ‘christianiser’ l’ensemble de l’économie mondiale, pourrions-nous y parvenir ? Comment passer d’un système à l‘autre sans risquer l’effondrement de toute l’économie ? Comment christianiser progressivement l’économie ? Avant tout, il convient de connaître ce qui est déjà christianisé, ce qui peut l’être, ce qui ne le peut pas et ne le doit pas. En un mot, sur quoi devons-nous nous appuyer ? Que devons-nous réorienter ? Contre quoi devons-nous absolument lutter ? Quels sont les risques d’une réorientation ? De quels moyens disposons-nous ?

 

  1. Subsidiarité      et droit

 

" La Loi sert à réguler ce qui est nécessaire, dans le respect du principe de subsidiarité, pour un plus grand pluralisme et la cohabitation pacifique des citoyens", rappelait Mgr Martin

Le colloque de la confédération des juristes catholiques de France relevait en 1993 que ce principe n’était pas nécessairement celui qui guidait le droit actuel[4]. Alors que Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée Nationale, soulignait à la rentrée dernière ‘l’inflation  législative’, peut-être serait-il opportun de passer l’ensemble de la législation, et particulièrement la législation internationale au filtre de la subsidiarité. La Loi respecte-t-elle la liberté privée et l’usage de la responsabilité humaine ? La nature de la Loi est-elle contraignante ou socialisante ? Peut-être l’inflation législative que déplorait le président Debré a-t-elle aussi des racines dans une carence en subsidiarité telle, qu’elle a conduit à une déresponsabilisation poussée de l’homme, au point qu’il faille combler cette carence par la contrainte[5].

 

  1. L’État      Nation à l’heure des grands ensembles mondiaux 

 

Nous posons ici le problème de la réaffectation des corps intermédiaires. Les données du monde ayant changé, les besoins et compétences ont été répartis différemment. Cet état de fait peut expliquer en partie une perte de repères. Qui fait quoi ? Qui a besoin de quoi ? L’exemple concret de l’ONU ou de l’Europe pousse à un certain nombre de constatations. Lorsque les États délèguent une compétence, l’institution est crédible et efficace. Lorsque les États conservent leurs prérogatives, les institutions s’auto-paralysent. Une fois encore, comment réaffecter les compétences, et en vertu de quoi ? Difficile question sur laquelle vient se greffer l’attachement affectif légitime à un pays, une histoire, une nation[6].

 

            L’apport de la pensée chrétienne peut donc être capital pour construire la France de demain. Le simple fait d’interpeller, de poser toutes ces questions est déjà une énorme contribution qu’il faut pousser plus avant en osant proposer des réponses. C’est très brièvement ce que nous tenterons de voir la semaine prochaine. Les quelques pistes de réflexion tracées aujourd’hui se veulent d’abord un appel aux chrétiens responsables pour pousser plus avant la réflexion et les inciter à prendre fait et cause pour elles, afin de s’en faire l’écho et le héraut.

 



[1]. Voir Saint- Maur lettre 18 du 30 juin 2006/ La dignité humaine.

[2]. Ibid. n° 6 du 7 avril 2006/ Réformer les syndicats.

[3]. Ibid. n°1 du 3 mars 2006/ L’actionnariat syndical. 

[4]. J.-B. d’ONORIO, « La subsidiarité, analyse d’un concept », in La subsidiarité,  de la théorie à la pratique, Actes du  XIIème  colloque national des juristes catholiques,  20-21 novembre 1993, Paris, Téqui, 1995.

[5]. Cf. Saint- Maur lettre n° 13 du 20 mai 2006/ Responsabiliser ; ibid. n° 38 du 12 février 2007/ Norme et légalisation.

[6]. Ibid. n° 8 du 21 avril 2006/ La crise de l’État ;  ibid. n° 38 du 12 février 2007/ Norme et légalisation.