Connais-toi toi-même

Voici l’homme !

Pouvons-nous dire ‘voici l’homme’, comme nous disons, voici Grégory ou Jean-François ? Quand je dis ‘voici Grégory’, cela renvoie ceux à qui l’annonce est faite, à une somme d’informations, de souvenirs qu’ils ont sur Grégory. Cet ‘idée’ qu’ils ont de Grégory, leur permet de distinguer Grégory de Jean-François. De même lorsque le serveur arrive en disant ‘voici le dessert’, j’identifie assez vite les fraises sur la tarte et l’état de la crème qui la recouvre. Mais qu’est-ce que je dis lorsque j’affirme ‘voici l’homme’ ?

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 1- En quoi l’homme est-il différent de la fraise ?

Il est surprenant de voir combien il est plus facile de présenter une fraise, qui pourtant nous est étrangère, que l’homme qui lui nous est si familier et si intime. Certes nous imaginons bien que l’homme est plus complexe que la fraise et donc plus difficile à définir. Encore que…

Tenez, livrons-nous à un petit exercice qui devrait nous faire avancer.  Commençons par le plus facile. Qu’est-ce qu’une fraise ? Tout de suite nous répondrons, un fruit ! A certes, mais la pomme n’est-elle pas aussi un fruit ?  Alors nous préciserons, un fruit rouge qui pousse à ras de terre, d’une forme ovale et avec un goût qui lui est propre. Si je vais plus loin, c’est un fruit assez gros par rapport à sa cousine plus petite et plus gouteuse qu’on nomme ‘fraise des bois’. Voilà grossièrement dessinée ma fraise. Mais au fond, est ce que je sais ce qu’est un fruit ? Qu’ont en commun, toutes ces choses que je regroupe sous le vocable de fruit ? Pourquoi la tomate est-elle un fruit et non la courge ? Car au-delà de cette distinction, nous avons bien quelque chose de commun entre la courge et la fraise…. Ce sont des végétaux.

C’est, en effet, à l’intérieur de cette première et fondamentale famille qu’est le végétal que se distinguent, les fruits, les légumes, les fleurs… Vous voyez que déjà, notre fraise est plus complexe qu’il n’y parait.

Mais allons plus loin. Ma fraise a une vie. La fraise qui décore savoureusement ma tarte n’a pas toujours été si rouge. Il a bien fallut qu’elle pousse. Et si elle était restée sur son pied, elle aurait fini par vieillir puis pourrir. Tandis que le rocher que je contemple depuis la fenêtre du restaurant, lui, il est toujours le même, sauf à subir l’érosion du temps. Mais à la différence de la fraise qui change d’aspect de l’intérieur, par un principe de vie qui l’anime, le rocher lui ne change que par l’action d’un être extérieur. Le vent sableux par exemple. La Fraise fait donc partie d’une famille encore plus large qui la distingue du rocher, celle des êtres vivants, animés. Alors que le rocher fait partie des êtres inanimés.

Oui mais alors, le chamois lui aussi est un être vivant et animé. Qu’est ce qui le distingue de cette fraise qu’il va lui-même manger ? Nous pourrions répondre, la chair, les os… Mais la fourmi n’a pas d’os, le poisson n’a pas la même chair. Et pourtant, nous les classons bien tous distinctement des végétaux, dans ce que nous appelons le règne animal. Qu’ont-ils donc en commun et de spécifiquement différent, sinon le fait de se déplacer par eux-mêmes ?

Voici donc trois étages dans la manière d’être au monde. Le premier est commun à tous, animés comme inanimés. Il s’agit d’être, d’exister. Le second étage, l’étage végétal, est composé d’être animés par eux-mêmes avec un principe vital intérieur. Le troisième comprend les deux étages inférieurs, mais, plus restreint, il ne regroupe que les êtres capables de se mouvoir et de réagir, les animaux.

Finalement, ma fraise est bien plus difficile à définir que prévu. Mais alors l’homme dans tout ça ? Incontestablement, il se trouve dans la troisième catégorie. Mais ai-je tout dit de l’homme quand j’ai dit qu’il était un animal ? Puis-je dire indifféremment ‘voici l’homme’ et voici ‘le cheval’ comme je dirai ‘voici le chamois’ et ‘voici le poisson’ ? Ou bien est-il plus juste de dire ‘voici l’animal’ en parlant de la troisième catégorie et ‘voici l’homme’ pour une autre catégorie encore ?

En d’autres termes, y a-t-il quelque chose qui différencie spécifiquement l’homme de l’animal ? Quelque chose qui le définisse au point de pouvoir dire à chaque fois qu’un homme se présente, qu’il soit blond ou roux, grand ou petit, ‘voici l’homme’ ? Concrètement, une fois enlevé tout ce qui fait que Grégory est différent de Jean-François, qu’ont-ils en commun, en plus du végétal, en plus de l’animal ? Qu’ont-ils de différent avec les trois autres catégories d’être ? Car incontestablement l’homme a en lui quelque chose du monde végétal puisqu’il est capable de vivre et d’évoluer par un principe intérieur qui lui donne son dynamisme interne. Incontestablement l’homme partage avec les animaux la capacité de se mouvoir. Et déjà à ce stade nous pouvons dire ‘voici l’homme’, sans nous tromper. Mais si nous en restons là, nous disons en réalité… ‘voici l’animal’.

Or, l’homme est plus qu’un simple animal. L’homme pense ! Voilà la différence spécifique de l’homme, son intelligence. Ce serait toutefois, une fausse anthropologie que de nier, refouler ou considérer comme second la dimension animale de l’homme, car qui veut faire l’ange, fait la bête.

L’erreur fondamentale qui traverse presque toutes les professions qui s’intéressent à l’homme est de l’avoir disséqué, pour mieux le connaître, le servir, sans, in fine parvenir à le réunifier. Or tout est là ! L’homme est un et tout service rendu à l’homme doit viser son unité, son unification, parce que dans cette unité il trouvera l’harmonie de son être et donc la paix qui conduit au bonheur. Aussi, les coupes chirurgicales que nous allons entreprendre, ne sont que des commodités rhétoriques et pédagogiques par lesquelles il nous faut bien passer. Mais il vous appartiendra, sur ce corps disséqué de poser le regard unifié et mystérieux du poète, car ce n’est qu’avec ces yeux que vous pourrez dire en vérité « Voici l’homme ».

 

2- L’âme humaine 

           

            L’homme a en commun avec les êtres inanimés (les pierres par exemple) d’être et d’être composé de matière. Il a en commun avec les végétaux, d’avoir cette poussée dynamique de l’être vers son accomplissement. Avec les êtres animaux, il partage de pouvoir se bouger, de réagir aux choses qui l’entourent. Mais il a en propre de penser, c’est-à-dire de faire des choix rationnels.  Fondamentalement, ce qui va spécifier l’homme, c’est son intelligence.

Ce qui veut dire que l’homme trouvera son accomplissement d’homme non pas dans les choses communes aux animaux (boire, manger, dormir….) mais dans l’activité de sa raison. Ainsi, les philosophes classiques établissent une échelle des êtres, depuis les êtres inanimés et les êtres animés. Car au fond le principe dynamique au sein des êtres animés, est ce qu’ils appellent l’âme, c’est-à-dire ce qui anime.

Il convient donc, pour nous, d’étudier cette fameuse âme humaine. Ici commence à proprement parler l’anthropologie, l’étude de l’homme. Mais cet homme ne peut se comprendre que comme être, animal rationnel. Ce qui veut dire que tout ce que l’homme a en commun avec les animaux fait aussi partie de l’anthropologie. Le nier est priver l’homme de son accomplissement, car l’homme doit s’épanouir dans ses deux dimensions, animale et spirituelle. Car, nous l’avons dit, qui veut faire l’ange, fait la bête, et nous allons voir pourquoi.

a- Intelligence et volonté

            1- les 5 sens

 

Encore une fois, malgré la dissection du philosophe gardons à l’esprit l’unité de l’homme. L’âme humaine est composée de deux facultés que sont l’intelligence et la volonté. Mais ces deux facultés, spécifiquement humaines, ne pourraient rien sans la médiation de nos sens corporels. Rien n’entre dans l’âme humaine que par les capteurs sensoriels charnels. L’ouïe, l’odorat, le touché, la vue, le goût sont indispensables à la vie de l’âme. Toutes les informations arrivent dans l’âme humaine par ces cinq sens. Qu’un sens soit défectueux et c’est l’âme tout entière qui est handicapée.

 

2- Le 6ème sens

            Mais ces informations arrivent de manière brute et neutre. Elles vont être traitées par l’intelligence et la volonté de manière complémentaire. Ce que l’on appelle le sixième sens ou sens commun, permet d’unifier les données. Ainsi par ce sens commun, je suis capable avec du jaune, une forme, une odeur, un touché râpeux, un goût acide, de recomposer le citron. J’ai par cette accumulation des sens, recomposé en moi, non pas le citron, mais l’idée du citron. Or cette image en moi (et parfois seulement une partie de cette image, le goût par exemple) va provoquer chez moi des réactions d’attrait, de désirs, de répulsion…., c’est ce que l’on appelle les passions de l’âme.

 

            c- l’intelligence

            Alors comment cela fonctionne-t-il ? Comment se distinguent et s’unissent ces deux facultés  (volonté et intelligence) ? L’intelligence est la faculté qui cherche le vrai et la volonté celle qui est orientée vers le bien. Concrètement la volonté désirera toujours ce que l’intelligence lui présentera comme bien. En effet, la volonté est orientée vers le bien et on ne peut contraindre la volonté au mal. Par exemple, dans le cas de la bourse ou la vie, si je choisi la mort, c’est qu’en fait j’ai choisi de ne pas donner ma bourse, soit par orgueil, soit par honneur ou autre. Ce que j’ai choisi n’est pas la mort, mais le bien de mon honneur.

Il n’appartient pas à la volonté de savoir ce qui est bien ou mal, bon pour elle ou mauvais. Elle suit toujours ce que l’intelligence lui présente comme étant son bien. La question de fond est donc celle-ci, ce que l’intelligence présente comme bien à la volonté est-il vraiment bien ? En d’autres termes, l’intelligence peut-elle se tromper sur ce qui est son objet propre, le vrai ? Tout le drame de l’homme est que précisément, l’intelligence peut se tromper et présenter comme bien quelque chose de mal.

 

            Comment cela est-il possible ? L’intelligence ne peut émettre des propositions, des jugements, des définitions qu’à partir de ce qu’elle a emmagasiné dans sa mémoire par le truchement des sens. Or, des sens défectueux, nous l’avons vu, peuvent induire en erreur. Une insuffisance de données archivées peut conduire à des conclusions fausses. Malgré tout, une conception erronée du bien, sera tout de même prise comme bien par la volonté, puisque la volonté n’a pas la capacité de discerner le bien du mal.

 

            d- la volonté

            Or, la volonté est la faculté de l’action. C’est elle qui met en mouvement toute l’activité de l’homme parce qu’elle dit ‘je veux ou je ne veux pas’. ‘J’y vais, je n’y vais pas’, parce qu’en définitive elle dit ‘j’aime ou je n’aime pas’.

Comment fonctionne la volonté ? Reportons-nous, si vous le voulez bien sur le schéma des passions de l’âme. Nous appelons passion, ce qui est passif. C’est-à-dire que ce sont des possibilités, des potentialités de réactions qui sont endormies, passives, en nous, mais qui vont être réveillées par un stimulus extérieur qui va les faire réagir. Je ne suis pas toujours en colère. Mais la colère est une potentialité en l’homme. C’est bien un événement extérieur qui a déclenché (activé) ma colère.

            Suivons ensemble le mécanisme de la volonté.  

Mes sens, ont capté une information. L’odeur d’une tarte à la myrtille. Cela va activer en moi la première passion, celle du désir. Elle peut l’activer de deux manières. Soit un attrait, soit une répulsion. Concrètement, j’aime, je n’aime pas. Ici, mon intelligence intervient une première fois. Elle analyse les données et présente à ma volonté cette tarte comme étant une tarte et comme étant bonne, c’est-à-dire aimable, désirable.

A partir de là trois possibilités s’ouvrent à moi.

1- Je ne peux pas avoir cette tarte, parce que je n’ai pas l’argent pour l’acheter et de toute façon elle n’est plus à vendre. Ce n’est pas grave, je passe outre et j’oublie assez vite cette odeur si délectable. 

2- a- Deuxième possibilité, j’ai de l’argent et je peux acheter cette tarte. C’est assez facile, je rentre et achète ma part de tarte. Mon désir est facile et immédiatement résolu. Je n’ai plus qu’à me délecter de ce bien.

2- b- Toujours dans cette seconde possibilité, la tarte est bien à vendre, mais je n’ai pas l’argent sur moi. Je dois aller en haut de la côte pour en retirer. Il y a donc une étape un peu plus compliquée, dite ardue, que je dois accomplir avant d’acheter ma tarte. Cette étape, est-elle à ma portée ou est-elle insurmontable, parce qu’avec ma jambe dans le plâtre, il est impensable de monter cette côte ?

  • Face au bien ardu, nous avons 4 réactions possibles. L’espérance d’abord. C’est parce que j’y crois que je me lance à l’assaut de cette côte.
  • L’audace, malgré ma jambe dans le plâtre, je trouve le ressort de surmonter l’obstacle.
  • Mais aussi le désespoir. C’est trop dur et pourtant cette tarte me tente tellement….
  • Et enfin la crainte… ah non cette montée va être trop douloureuse pour moi !

 

3- Et enfin troisième possibilité, ce désir est impossible dès le départ parce que je n’ai pas d’argent, mais je ne me résous pas à passer à autre chose et là une nouvelle passion se met en action, la tristesse.

 

ü  La tristesse finit par activer 4 autres passions que sont la colère, la haine, la jalousie et le désespoir.

ü  La colère, c’est la révolte face à l’impossible. Je n’accepte pas l’impossibilité et je ne me résous pas à ne rien faire.

ü  La haine est le rejet, la répulsion. Puisque je ne l’ai pas, je le rejette avec violence. Plus fondamentalement dans cette répulsion il y a une peur, celle de la souffrance qu’entraîne la proximité de cet objet désiré inaccessible.

ü  La jalousie est le report de la déception sur celui qui possède ce que je désire.

ü  Quant au désespoir il est lui aussi un refus d’accepter l’impossible, mais au contraire de la colère, il active le renfermement sur soi et la prostration.

 

ü  A l’inverse, l’audace et l’espoir poussent à dépasser le bien ardu, la difficulté intermédiaire, pour aboutir à la jouissance du bien désiré.

 

 

ü  La crainte quant à elle, peut conduire à la répulsion, au rejet.

 

Bref ce sont autant de mécanismes réflexes qui sont activés par le désir ou la répulsion.

 

L’intelligence est là pour émettre un jugement par rapport à ces réactions.

Ce qui a stimulé la passion est-il bon ou mauvais ? Est ce bon ou mauvais pour moi ? Pour un diabétique, par exemple, cette succulente tarte aux myrtilles, bonne pour moi, ne sera pas bonne pour lui !

Suis-je en mesure d’acquérir ce bien ? Puis-je m’en donner les moyens ? Les étapes intermédiaires sont-elles bonnes pour moi ? Je veux être champion de voile, mais pour ce faire je dois sacrifier mes études, est-ce juste ou non ?

            Autant de questions que l’intelligence est sensée résoudre. Cela suppose, une capacité à discerner le bien du mal, c’est-à-dire, une intelligence formée et non une intelligence à l’état animal. Mais cela suppose aussi le célèbre ‘connais-toi toi-même de Socrate’.

            e- Vices et vertus

Cependant, le dernier mot appartiendra toujours à la volonté. C’est-à-dire à la réaction des passions. Une peur peut submerger l’intelligence. Voilà pourquoi, les passions doivent être éduquées.

C’est toute la tension entre vice et vertus. Or cette tension suppose une claire distinction du bien et du mal. La volonté choisie toujours le bien, ce qui veut dire que l’homme conduira sa vie, posera ses actes et ses priorités en fonction de ce qu’il considère comme son bien, c’est-à-dire ce qui l’épanouira. Ainsi sera considéré comme contraire à l’épanouissement, le vice et comme chemin d’épanouissement la vertu. Si nous n’avons pas la même définition du Bien et du Mal, nous n’aurons pas la même conception du vice et de la vertu.

Les passions sont des états neutres à l’origine, mais notre histoire personnelle les conditionne en véritable réflexe. C’est ce qu’on appelle les habitus. Un habitus bon est une vertu, un habitus mauvais, un vice. Ainsi, le vice et la vertu sont notre réaction réflexe face à une situation. C’est-à-dire qu’en dehors de toute raison, face à tel événement je réagirai instinctivement de telle façon. C’est ainsi que je peux être dominé, malgré moi et souvent inconsciemment par mes passions. Or les passions peuvent être éduquées. Aristote nous dit que les vertus s’acquièrent par la répétition d’actes vertueux[1]. Nous pouvons affirmer la réciproque pour les vices.

Ainsi, l’homme se conditionnent-il par ses habitudes, ses réflexes, son éducation et fondamentalement par ce qu’il considère comme son bien, c’est-à-dire la perfection qu’il vise. L’homme libre n’est pas celui qui fait ce qu’il veut (volonté seule) mais celui qui est capable de se libérer des réactions de ses passions. En d’autres termes l’homme libre est celui qui a maîtrisé ses passions et n’est plus dominé par elles. L’homme libre est capable de dire non à ce qui n’est pas bon.

 

3- Le conflit intérieur

 

Tout peut donc être rapporté à l’adéquation entre la vérité de l’homme et les actes que pose chaque homme. Car, si chaque homme est unique, il est bien vrai que la perfection de chacun dépendra de ses ‘accidents’ c’est-à-dire de ce qui le distingue lui de toute l’espèce humaine. Mais il n’en demeure pas moins que cet accomplissement particulier ne passera que par la réalisation de ce qu’il est en commun avec  toute l’espèce humaine. Ce qui est mauvais pour le genre humain tout entier ne peut être bon pour moi qui appartiens à l’espèce humaine. Voilà pourquoi, il est capitale de répondre à la question qu’est-ce qu’un homme ? Sans cette réponse il est impossible de donner une direction commune à chaque homme.

Qu’il soit grand ou petit, l’homme est un animal rationnel qui trouvera son épanouissement dans sa double dimension corporelle et spirituelle et certainement pas l’une sans l’autre. Comme il est spécifiquement rationnel, cela signifie que l’épanouissement de son corps (le bien-être, l’intégrité…) est au service de l’accomplissement de son âme. Et certainement pas l’inverse. Mais cela signifie aussi que nier la dimension du corps, c’est fermer la porte à l’épanouissement de l’âme.

Ici Gustave Thibon constate un conflit entre le corps et l’âme[2]. Conflit qui confine parfois à la schizophrénie, ouvre nombre de névroses, avec toutes les somatisations possibles. Pourtant, assumé dans cette complémentarité corps et âme, ce conflit est LE vecteur de croissance de la personne humaine, précisément parce que par la vertu infusée (et non imposée) au corps, la maîtrise de soi permet une plus grande liberté pour choisir le bien véritable.

 

4- L’homme, une personne : un être de relation

 

Enfin, et pour la quadrature du cercle, l’homme n’est pas un simple individu d’une espèce. Il est une personne.

Individu signifie, la plus petite subdivision d’un groupe, d’un tout. Certes, chaque homme est cela. Mais il l’est en relation. Ce n’est pas un volume sur une étagère. L’homme est une personne, c’est-à-dire, une résonnance à travers lui et les autres. L’homme seul ne dit pas toute l’espèce humaine, parce que ses particularités (ses accidents) ne sont qu’un aspect de l’harmonie de l’espèce humaine. Pour avancer et s’épanouir, l’homme a besoin de ce que les autres hommes ont et qu’il n’a pas et réciproquement. L’homme est un être de relations et il grandit, ou s’avilie par sa qualité et sa capacité de relation. Les autres lui doivent ce qu’ils sont et il leur doit ce qu’il est.

 

 

Ainsi, Voici l’homme, cet être de chair et d’âme, poussé à sa propre réalisation, à son épanouissement dans le développement intégral et harmonieux de tout ce qui le compose. Un être en devenir qui tend vers son bonheur par et dans toutes ses dimensions, ordonnées les unes aux autres. Le développement et l’unité de l’être humain n’est pas une somme d’équilibre, mais l’ordre avec lequel il s’agence. Le corps est serviteur (et non esclave) du développement de l’âme. Les passions doivent être éduquées au service de l’épanouissement de la personne dans la complémentarité de chacun pour la réalisation progressive, dans l’unité de chacun, de cet épanouissement de l’homme intègre de corps et d’âme, tendu vers ce bonheur qui lui est dû.

 



[1] Aristote, Ethique à Nicomaque

[2] Gustave Thibon, ce que Dieu à unit, essai sur l’amour, ed. Lardanchet, 1946, p1 sq.