Philosophie médiévale et science moderne

La substance chez les médiévaux en confrontation à la science moderne

« La question de l’être surgit quand l’enfant s’interroge sur ce qu’il voit en posant cette question si simple : ‘qu’est ce que c’est ?’ [1]»

 

            On pourrait dire que la question de la composition de l’être est aussi vieille que le monde. En tout cas aussi loin que nous pouvons remonter dans la pensée philosophique sur la nature, nous trouvons sous diverses formes cette délicate question, déjà sur les lèvres du petit enfant : comment l’être est-il fait ? De quoi est-il fait ? Chaque époque semble avoir sa réponse, ou au moins avoir pris part à la réflexion pour apporter un élément de réponse. Si la philosophie fut peut-être la première à se poser la question, la métaphysique puis la médecine et la science en général se sont attachées à répondre à ces questions sur la composition de l’être, chacune selon son objet propre, donnant parfois lieu à des réponses irréconciliables. Les progrès actuels de la science nous offrent une réponse plus fine, de laquelle certaines positions médiévales sont étonnamment proches. Il est au demeurant surprenant, mais aussi émerveillant, de voir comment la philosophie médiévale, avec ses concepts propres, mais aussi ses limites, parvient à approcher au moins le fondement de la composition de la réalité qu’elle observe. Certes, certaines images ou certaines positions peuvent parfois paraître infantiles, mais l’idée qui sous-tend leur raisonnement est étonnamment proche de ce que la science positive d’aujourd’hui semble nous révéler.

            Aussi tenterons-nous de voir brièvement ce que pensent les médiévaux de cette composition de l’être, avec leur méthode et leur objet, puis ce que nous apprend la science actuelle, afin de mettre en relief convergences et divergences par-delà les siècles. Gardant à l’esprit que la réflexion médiévale est essentiellement philosophique et métaphysique, tandis que nous apporterons l’éclairage de la science moderne ; ce qui signifie que nous sommes conscients d’utiliser deux sciences différentes, aux méthodes et aux objets formels divers. Néanmoins nous tenterons d’en faire la synthèse quant à l’objet matériel qui leur est commun : la réalité de la composition de l’être matériel. Pour ce faire, nous nous appuierons essentiellement sur les travaux de Mariano Artigas, La inteligibilidad de la naturaleza[2] et ceux de Anelise Maier, La forma degli elementi[3].

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[1].  P. Eymonet o.p., Une métaphysique pour les simples, éd. Cerf, Paris, 1996, p. 23.

[2]. Mariano Artigas, La inteligibilidad de la naturaleza,         ,p. 161-229. Les traductions de l’espagnol sont faites par Cyril Brun.

[3]. Anelise Maier, « La forma degli elementi », in Scienza e filosofo nel Medioevo,     , p.15-45, traduction de l’Italien par Cyril Brun.