La cogitative

Pierre d'achoppement de la pensée thomiste

« La cogitative est le point d’achoppement de la gnoséologie thomiste.[1] » C’est ainsi que C. Fabro résume l’originalité de la gnoséologie thomiste dans son ouvrage Percepcion y pensamento[2]. Mais quelques lignes plus loin, il cite Suarez critiquant la position thomiste : « la cogitative est à la fois absurde et superflue. [3]» Ce qui laisse à penser que très tôt cette formulation du docteur angélique qui le conduira à une certaine  innovation par rapport à Aristote, n’est pas allée de soi. Toutefois, avant d’entrer dans le cœur du sujet, notons que si ce point se révèlera central dans la gnoséologie de saint Thomas, il ne s’étend pas longuement sur le sujet et ses commentateurs ultérieurs ne s’y arrêtent pas réellement non plus comme le déplore à plusieurs reprises Fabro. Et pourtant ce point s’avère effectivement crucial dans le complexe processus cognitif, car il ne s’agit rien de moins que de comprendre et d’expliquer une question qui a beaucoup donné à penser : comment peut-on passer du singulier à l’universel ? S’arrêtant successivement sur Aristote, Avicenne, Averroès et saint Thomas, Fabro parcourt rapidement l’histoire médiévale de la cogitative, mettant en lumière à la fois la complexité du problème et la simplicité de la réponse de saint Thomas. Tellement simple qu’il ne lui consacre finalement qu’un article d’une question[4]. C’est autour de cet article que nous allons tenter d’entrer dans la pensée thomiste sur la cogitative, accompagné en cela par cette étude de Fabro.

            Afin de cerner l’enjeu du problème posé par la cogitative, nous la situerons dans l’ensemble du processus cognitif, mettant en lumière à la fois la difficulté que ce processus semble soulever et la solution que constitue la cogitative thomiste. Le premier élément du problème et du processus cognitif est l’intellect dont l’objet est l’universel abstrait. De là découle le second aspect de notre problématique, la saisie du singulier concret et par voie de conséquence la question centrale du passage du singulier à l’universel. C’est là que nous serons amenés à considérer la cogitative en elle-même et enfin à voir en quoi elle représente la pierre d’achoppement de la gnoséologie thomiste.

 

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[1] PP p. 234

[2] Nous utiliserons ici l’édition espagnole aux Éditions de l’Université de Navarre, 1978, sous la référence PP.

[3] Ibid. p. 235

[4] I Q78 a4. Dans toutes les citations de la Somme Théologique, nous utiliserons la version du Cerf, juillet 1984.