Réformer les syndicats

 

           

Toute la classe politique ainsi que le monde économique vit durement la crise du syndicalisme. La question se pose alors pour des syndicats de moins en moins représentatifs, de savoir quelle est leur légitimité dans des négociations qui concernent plus que leurs simples adhérents.  Mais en dehors d’eux, vers quels interlocuteurs les pouvoirs politiques et économiques peuvent-ils se tourner ? Il est de bon ton aujourd’hui de s’affirmer indépendants  de partis politiques dans lesquels  on ne se reconnaît pas. Mais il ne semble pas encore commun de remettre en cause le système syndicaliste hérité de cette lutte des classes qui, disons-le sans ambages, constitue  tout de même le fond de roulement de la plus grande partie des syndicats. On ne peut pas accepter un syndicalisme révolutionnaire fondé sur la lutte. Il est toujours plus facile, en effet, d’être contre que de s’unir pour. Le problème de cette attitude est une nécessaire course en avant dans l’opposition, car une fois l’objectif de destruction atteint, il faut en trouver un autre pour continuer à légitimer l’existence de l’organisme de destruction. Pour certains syndicats, diaboliser le patronat et les divers gouvernements, est un mode de cohésion et de recrutement facile, mais, désastreux car idéologique et finalement conservateur. C’est pour cela qu’il faut rien moins qu’une refonte de l’idée syndicale, peut-être en ressuscitant le concept ancien de corporation, où toute une profession serait unie, du haut de l’échelle au bas de celle-ci, pour défendre et promouvoir les intérêts de cette profession. Mais à cette perspective corporatiste, il faut un garde-fou essentiel qui ne peut être que l’intérêt général. Chaque profession doit avoir le souci de ne pas se construire au détriment des autres corporations. C’est ici que doit intervenir de façon indépendante l’Etat, garant du bien commun, agissant comme juge entre les différents équilibres professionnels et nationaux. Ainsi, si chaque profession se regroupe pour tendre vers une amélioration des conditions de vie, de travail et de dignité de la profession elle-même, elle n’aura de cesse d’être tirée vers le haut et non plus figée dans un conservatisme frileux systématiquement destructeur. Les syndicats passeraient alors d’une légitimité du « toujours contre » à une légitimité du « toujours mieux ». Certes, tous les syndicats ne sont pas à ranger sous cette étiquette, mais demeure, que tous sont surreprésentatifs de la réalité de leur impact.

La crise actuelle et les affrontements idéologiques sous jacents sont un criant signal d’alerte. L’œuvre accomplie par M. Bailly, alors PDG de la RATP, me parait être un signe du réalisme des propositions citées plus haut. Qui ne se souvient des sempiternelles grèves de la RATP qui bloquaient interminablement la vie parisienne ? L’Alerte sociale, mise en place par M. Bailly, avec ses commissions d’alerte pré-grève, pour discuter des problèmes, a eu, semble-t-il, deux effets capitaux. Elle a d’abord quasiment annihilé les grèves internes à la RATP, et d’autre part, elle a également donné une conscience d’entreprise et de qualité d’entreprise ce qui par la suite modifia la qualité de vie de l’ensemble du personnel. Preuve que le dialogue constructif en vue d’un avenir est possible. Cela répond en outre, au droit à la responsabilisation des employés, droit constitutif de la dignité humaine. Il est donc possible de repenser les relations entre les patrons et les employés, au profit des employés, comme de l’entreprise et donc du consommateur. La France est donc bien réformable, ce me semble, mais peut-être au prix de l’abandon d’un certain nombre de préjugés idéologiques qui n’ont pour but, finalement, que de maintenir en vie artificiellement des momies d’un autre temps.