libéralisme, réflexions de vocabulaire

Réordonner l’économie à l’Homme

 

 16/02/2013

Personne n’est dupe. Les questions dites ‘sociétales’  sont à la fois un écran de fumée pour masquer les difficultés du gouvernement et des gages donnés à la gauche inquiète des déviances centristes du président Hollande, malgré les grands discours de ‘moralisation’ de l’économie dont se flatte Pierre Moscovici. Faire durer un débat qui n’en est pas un près d’un an est pain béni pour le gouvernement Ayrault. Cela lui permet de poursuivre le reste de son action sans rencontrer la moindre opposition. C’est oublier que tout est lié. Si l’Homme en vient à des revendications sociétales qui sont contraires à sa propre vérité anthropologique, c’est notamment parce que la dignité humaine est malmenée au plan économique. C’est devenu un lieu commun de parler de l’homo-economicus, cet individu exploité par le système. Tout altermondialiste qui se respecte sait rappeler que l’Homme est devenu esclave de l’économie alors que l’économie devrait être au service de l’Homme.

Il est indéniable que la place de l’économie dans le devenir de l’Homme pose un vrai problème. L’économie en tant que telle n’est pas le problème. Qu’est, en effet, l’économie sinon l’ensemble des échanges, des productions qui permettent à l’Homme de vivre ?  L’économie n’agit pas de son propre chef, ne décide pas par elle-même. Ce sont les acteurs économiques qui font l’économie. Même si des mécanismes une fois enclenchés peuvent sembler être autonomes et vivre leur propre vie, ils n’en demeurent pas moins impulsés et donc contrôlés ou au moins contrôlables par l’Homme. Or si aujourd’hui l’économie semble dominer l’Homme, si elle paraît incontrôlable, si elle donne l’illusion de s’autoréguler, de mener sa propre vie, c’est peut-être, précisément, parce qu’on la laisse faire ou qu’on lui donne cette liberté-là. Or la liberté est un droit inhérent à la dignité humaine, pas à l’économie. Si cette dernière, sous couvert de liberté, en vient à asservir, d’une manière ou d’une autre, l’Homme, c’est bien parce que nous avons totalement inversé la valeur des choses. L’Homme peut-il avoir une valeur inférieure, une dignité moindre qu’un système mécanique ? Car qu’est l’économie sinon un ensemble de mécanismes ? Or la liberté de l’Homme est fondamentale et l’économie doit concourir à cette liberté de la personne humaine. Si nous n’ordonnons pas ainsi les choses, si l’économie n’est pas au service de l’Homme, alors ce dernier sera existentiellement instable et insatisfait. Cette insatisfaction est un véritable venin qui atrophie, paralyse l’ensemble du corps et de l’esprit. Il est donc important pour qui veut œuvrer au service de l’Homme, de sa dignité, de ne pas confondre les libertés. En économie, comme ailleurs, c’est bien la liberté de l’Homme qu’il faut promouvoir. Cela signifie également de comprendre qu’être libre ne suppose pas l’absence d’entrave. En d’autres termes ce n’est pas faire ce que l’on veut mais faire ce que l’on aime. L’exigence que pointe cette apparente facilité réside précisément dans le fait d’aimer et de ne pas confondre amour, sentiment et désir. Aimer, ce n’est pas ressentir une émotion, ce n’est pas vouloir pour soi quelque chose. Aimer, c’est vouloir le bien de ce qu’on aime. Au fond, on n’aime pas pour soi, mais pour l’autre. Cela suppose donc de savoir quel est le bien de l’autre, donc de le connaître. Dans le cadre de l’économie, cela impose de connaître les besoins vitaux, essentiels et existentiels de l’Homme, car si l’économie doit concourir au bien de l’Homme, alors l’activité économique libre n’est autre que l’action responsable de chaque acteur dans le développement des autres acteurs économiques que nous sommes tous. Il y a en réalité dans la liberté une coresponsabilité (que notre république pourrait appeler fraternité) qui porte en elle-même un principe vertueux : mon bien passe par le bien des autres. La réciproque du cercle vicieux est tout aussi valable.

Il y a donc un immense chantier à entreprendre (à poursuivre pour certains) pour repenser l’économie à la lumière de cette liberté fondamentale et essentielle à la dignité humaine. L’économie est une activité humaine libre et donc responsable de l’épanouissement de chaque personne humaine. Mais pour qu’une activité humaine soit libre, il ne sert à rien de vouloir supprimer les lois, si chaque personne humaine n’est pas éduquée à la liberté, à la responsabilité et donc comme nous le disions plus haut à aimer, c’est-à-dire à vouloir le bien de l’autre et donc à rechercher quel est, en vérité, le bien de l’autre. Toute activité qui ne conduit pas à ce bien de l’autre est donc non seulement inutile, mais dangereuse. C’est pourquoi, s’il est fondamental de parler de liberté en économie, il est tout aussi essentiel que cette liberté puise sa source dans la vérité la plus profonde de l’Homme. Car liberté et vérité anthropologique sont intimement, essentiellement liées. Il ne peut y avoir de liberté vraie si elle est déconnectée de l’Homme véritable. Un libéralisme déconnecté de la vérité ontologique devient naturellement libertaire et donc liberticide. Un libéralisme qui fait de la liberté une icône absolue tombe dans un certain ultra libéralisme déconnecté de la réalité et asservit l’Homme à une utopie. Le véritable libéralisme quant à lui doit promouvoir une liberté responsable qui œuvre pour le développement intégral de chaque personne humaine et dont l’Homme est à la fois l’acteur principal et la norme absolue de l’économie. C’est-à-dire qui met l’Homme au centre de l’activité économique. Il n’y a pas d’autres critères de moralisation de l’économie, il n’y a pas d’autre étalon que l’Homme.

Cyril Brun