divorce des catholiques et de l'économie

Etonnant divorce des catholiques avec le monde économique !

12/04/2013

avt-pape-benoit-xvi-521.jpegAlors que les catholiques semblent depuis plusieurs mois se réconcilier avec l’espace public qu’ils réinvestissent et avec la politique qu’ils se réapproprient, une forte réticence, voire un véritable divorce persiste avec le monde de l’économie. Longtemps absents de l’espace public, pour des raisons idéologiques internes (l’enfouissement post Vatican II) ou par un certain rejet de la corruption morale des élus, les catholiques réoccupent massivement le terrain politique poussés par leur conscience. Car c’est bien elle qui pousse des centaines de milliers de catholiques dans la rue et qui attire d’autres centaines de milliers de non catholiques dans ce même sillage. Ces millions de gens qui descendent dans la rue, signent des pétitions, engorgent le service courrier des palais de la république ou interpellent sans relâche l’ensemble du gouvernement ont, en effet, atteint la limite de ce que leur conscience pouvait accepter. C’est ce qui rend la situation unique et historique, mais aussi extrêmement instable. La conscience, une fois réveillée, ne peut être de nouveau anesthésiée.  Lorsque la rue dit « on ne lâche rien » ce n’est pas un rapport de force, c’est une question de conscience. Voilà pourquoi les catholiques, qui nous ont habitués depuis si longtemps à tendre la joue gauche, sortent de sous le boisseau et comme leurs aînés d’il y a 2000 ans sont prêts à se battre jusqu’au bout. Pour eux, mais aussi pour nombre de Français qui serrent les rangs à leurs côtés, la société qu’ils ont délaissée durant des décennies va trop loin dans l’inadmissible. C’est leur responsabilité devant leur conscience, mais également face aux générations à venir, qui a été exaspérée. Aussi, nos bonnes brebis se sont-elles muées en cerbères d’une certaine vision de la société, en combattants de la libération de décennies, de siècles d’oppression intellectuelle de la pensée unique. En définitive, les catholiques ne réinvestissent pas l’espace public, ils ne reviennent pas en politique, ils se contentent de secouer le joug avilissant de l’illusion moderniste qui semblait avoir triomphé d’eux. Ils crient, et des centaines de milliers de Français avec eux, leur droit à être des hommes et des femmes selon la nature et non des êtres virtuels forgés dans l’absurde. Ils ne cherchent pas à prendre le pouvoir, mais à rappeler à ceux qui  l’ont qu’ils ne sont pas des dieux et que la toute-puissance humaine est un mythe, bref que ce pouvoir ils l’ont reçu d’en haut. Cette conscience des catholiques, tenue en éveil par des siècles de connaissance humaine  a fait l’objet de l’attention particulière des papes depuis Paul VI, prêchant inlassablement sur les principes intangibles de la dignité humaine. Ainsi, le respect de la vie de sa conception à sa mort naturelle, la liberté de conscience et de religion ou encore l’attention aux plus démunis (et aujourd’hui l’enfant, comme la personne humaine, sont des êtres démunis contre les agressions du modernisme), sont des marqueurs fortement ancrés dans les consciences catholiques et chrétiennes en général. Or, on ne peut rien contre la conscience et c’est toujours ce qui, dans l’Histoire,  a permis, in fine le triomphe des chrétiens. De tout temps, avec les mots de leur époque, ils se sont dits « on ne lâche rien », tout simplement parce que cela leur était aussi impossible que de continuer à vivre sans respirer.

Mais curieusement, les catholiques sont moins à l’aise avec la sphère économique. Or celle-ci touche tout autant l’espace public et la dignité humaine que les menaces socialistes. (Menace sur notre bonheur) Comme nous avons assisté au divorce entre politique et catholiques jusqu’à aujourd’hui, nous sommes confrontés à la même attitude de défiance des catholiques vis-à-vis de l’économie, mais pour d’autres raisons. Si la politique était vue comme un milieu pourri et dangereusement contagieux pour qui s’y frotte, l’économie, pour sa part, est considérée comme le domaine particulier de l’ennemi par excellence, l’argent. C’est pourquoi les protestants, qui ont un tout autre rapport à l’argent, sont moins, voire pas, défiants vis-à-vis du monde économique. Cette confiance parfois aveugle n’est pourtant pas exsangue de nombreux travers. Si pour le protestant la richesse est vue majoritairement comme une bénédiction divine, pour le catholique en revanche, la pauvreté est le plus sûr chemin vers Dieu. Et le nouveau souverain pontife risque bien de renforcer une telle conviction. Si les repères catholiques dit « pro vie » sont désormais globalement bien assumés, parce que l’intelligence conforte la conscience, il n’en va pas de même pour le monde économique. Le jour où les catholiques seront aussi fermes sur leurs convictions économiques et sociales qu’ils le sont sur les fondements anthropologiques, nous assisterons au même sursaut des consciences. Ce n’est pas pour rien qu’il y a maintenant plusieurs décennies certaines loges franc-maçonnes se sont évertuées à mener la diversion homosexuelle, allant jusqu’à créer le Marais. L’enjeu financier est capital, car le monde économique actuel repose lui aussi sur une conception erronée de la dignité humaine. Si les catholiques saisis par leur conscience et rejoints par les hommes et les femmes de bonne volonté, prenaient à bras le corps les dérives du monde économique, plusieurs fortunes construites sur le non-respect de l’homme, de nombreux réseaux d’influences bâtis sur la déstructuration de la personne humaine seraient mis à mal. Concentrer l’attention des catholiques sur les questions bioéthiques ou « sociétales », multiplier les brûlots du genre « mariage pour tous » sont autant de moyens sciemment mis en œuvre pour détourner l’attention des catholiques et des défenseurs de la dignité humaine des réalités économiques. Sans imaginer de théorie du complot, c’est pourtant bien l’action menée par le Grand Orient depuis les années 90.

Pourtant, il est impossible de prétendre œuvrer à la dignité intégrale de la personne humaine sans restaurer une vision juste et réaliste de l’homme jusque dans la sphère économique. Actuellement, la perception que les catholiques ont de l’économie ne leur permet pas d’être au monde économique ce qu’ils sont devenus dans l’espace politique, le rempart de la conscience. Le capitalisme est parfois tout juste toléré. Et alors que le socialisme est présenté en modèle par certains, le libéralisme est devenu l’étendard pour d’autres croyants. Le rassemblement des catholiques sur les questions « sociétales » s’est fait par le réveil de la conscience et son adéquation à la raison grâce à l’immense travail des papes et de nombreux catholiques engagés pour la défense de la vie. Ce réveil des consciences gagne de plus en plus les non catholiques précisément parce qu’il est en adéquation avec le réel que nie l’idéologie officielle du gender. L’unité des catholiques sur les questions économiques passera elle aussi par le réveil des consciences, lequel suppose une clarification de l’éthique chrétienne en la matière et la fin des anathèmes réciproques que se lancent sans discernement capitalistes, marxistes et libéraux, tous convaincus d’être les authentiques héritiers du Christ. La schizophrénie que vivent de nombreux catholiques entre leur vie professionnelle et leur vie de foi est suffisamment douloureuse pour qu’enfin le monde catholique se réapproprie cet espace dans lequel l’homme est aussi immergé qu’un poisson l’est dans l’eau. Si cette eau est trouble et polluée, aucun refuge ne protègera jamais le poisson. Les mêmes marqueurs qui ont conduit à la rébellion de la conscience face aux projets « sociétaux » mortifères, peuvent s’appliquer au monde économique car il s’agit bien du même homme, de la même dignité et du même combat.

A partir des éléments constitutifs de la dignité de la personne humaine se déroule naturellement une vision chrétienne de l’économie. Vision qui n’est pas d’abord un programme, mais une exigence de vérité anthropologique. C’est parce qu’il appartient à la dignité de la personne humaine d’être libre, responsable, éduquée, que l’économie ne peut ni asservir, ni assister l’homme, mais doit au contraire lui donner les moyens de sa liberté et de sa responsabilité, notamment par l’éducation et la formation. C’est parce qu’il est un droit fondamental à la vie, à l’autonomie, à l’épanouissement physique et intellectuel que l’économie doit permettre la propriété privée, l’initiative, la créativité et l’accès aux biens du corps et de l’esprit. C’est parce que l’homme est avant tout une personne que l’économie impose la relation responsable à autrui, la construction et la défense solidaire du bien commun. Parce que tout cela n’est pas clair, parce que l’équilibre et l’ordre qui président à une telle construction ne sont pas suffisamment perçus, la conscience des catholiques aujourd’hui n’est pas à même de se rebeller pour dire non seulement « c’est assez », mais surtout « on ne lâche rien ». Le jour où les catholiques seront aussi sûrs de leur conscience économique qu’ils le sont aujourd’hui dans leur engagement pour la dignité humaine, il y a fort à parier que les disciples du Grand Architecte verront leurs édifices sans fondations s’écrouler et le rideau de leur temple se déchirer.  

 Cyril Brun